Rétrospective de quarante années à parcourir les zoos du monde
À l'occasion des 25 ans de la base de données en ligne Leszoosdanslemonde.com, retour sur une passion née dans l'enfance, devenue au fil des années parcours professionnel, outil de compréhension et porte-fenêtre vers le monde sauvage.
Atteindre un jalon : le 2 000e établissement zoologique visité

Higashiyama Zoo & Botanical
Gardens - décembre 2025
Arrivé la veille de France, de bon matin ce samedi 27 décembre 2025, je franchis le grand portail d'entrée du Higashiyama Zoo & Botanical Gardens, à Nagoya au Japon. Il s'agit alors du 2 000e espace zoologique que je découvre à travers le monde ! J'ai planifié cette visite de longue date, longuement réfléchi au lieu que je souhaitais arpenter pour ce jalon et listé les grands parcs zoologiques et aquariums remarquables que je n'avais pas encore visités, avant de finalement choisir le Higashiyama Zoo & Botanical Gardens.
Ce choix du Japon n'est pas anodin. C'est mon troisième voyage dans le pays et il existe ici une culture très particulière, presque unique, dans la relation aux parcs zoologiques et aux aquariums, mais aussi aux animaux et au vivant au sens large. Lors de mes deux précédents voyages, en 2018 et 2019, j'avais déjà visité 45 espaces zoologiques dans le pays. J'avais pu apprécier la grande qualité de plusieurs aquariums, mais aussi la richesse de la pédagogie déployée dans certains établissements. Il est toujours étonnant et extrêmement intéressant d'observer des cohortes de visiteurs concentrés sur la lecture et l'analyse des panneaux pédagogiques. Mais il est surtout agréable de sentir que les visiteurs japonais viennent vraiment observer les animaux, leur consacrent souvent plus de temps qu'ailleurs et échangent en famille sur les comportements observés, l'activité des animaux ou encore l'histoire de tel ou tel individu.
Au Japon, de nombreux animaux sont d'ailleurs devenus de véritables mascottes, connues à travers le pays : non seulement les habituels grands pandas et koalas, mais aussi des becs-en-sabot, des ours polaires, des hippopotames pygmées et bien d'autres. Des ouvrages et des revues retracent l'histoire et le parcours de certains individus, leur généalogie, les lieux où les observer et la façon dont soigneurs et vétérinaires s'en occupent. Certaines boutiques de parcs zoologiques sont même dédiées à une espèce particulière.
Alors que les aquariums japonais sont reconnus dans le monde entier, les parcs zoologiques sont parfois davantage décriés. Nombre d'entre eux disposent encore aujourd'hui d'installations animalières de surface très réduite et parfois peu adaptées. En parallèle, d'importants programmes d'enrichissement sont déployés, comme je le découvre ce matin encore au Higashiyama Zoo & Botanical Gardens, notamment dans la fosse historique des ours polaires.
Mais pour comprendre ce que représente réellement ce chiffre de 2 000, il faut remonter près de quarante ans en arrière.
Une passion commencée il y a longtemps…
Mon intérêt pour les parcs zoologiques, leur évolution, leurs caractéristiques, leur place dans nos sociétés et leurs rôles modernes a toujours été pour moi une source de fascination. Pourquoi mettons-nous en cages, en tant que sociétés humaines, des animaux de contrées lointaines (ou moins lointaines) ? Que cela nous raconte-t-il sur nous, sur eux et sur notre relation au vivant ? Comment concilier au mieux les besoins de ces animaux avec notre volonté de les observer, de les collectionner et de les maintenir proches de nous ? Et en quoi tout cela peut-il contribuer à une meilleure protection de la nature au sens large et à des programmes de conservation d'espèces menacées dans leur milieu naturel ?
Mes premiers souvenirs de visites de parcs zoologiques datent de la fin des années 1980. Ma première visite fut probablement celle du Tierpark Berlin en 1987. La séparation entre les deux Allemagnes était encore bien présente et il avait fallu traverser le mur de Berlin pour rejoindre l'Allemagne de l'Est. Mes parents racontent que la poussette dans laquelle ils me transportaient avait été consciencieusement fouillée à la frontière. J'ai un vague souvenir de mon père me portant pour voir plusieurs ours polaires sur un grand plateau. J'y suis retourné plusieurs fois depuis, et le Tierpark Berlin reste un lieu extrêmement étonnant et atypique, qui a aussi énormément évolué ces dernières années !
En 1991, je découvre le Parc et Château de Thoiry, aujourd'hui Wow Safari Thoiry. Ouvert en 1967, l'établissement est souvent considéré comme l'un des pionniers européens du concept de parc-safari à parcourir en voiture. À l'époque, ce sont surtout les grands espaces devant le château, les allées de tilleuls et le petit parc zoologique visitable à pied dont je me souviens. Plus tard, j'ai longuement étudié l'histoire précise de Thoiry et sa participation au développement des parcs-safaris.
Le Tiergarten Schönbrunn, à Vienne en Autriche, est probablement la troisième visite qui a marqué mon enfance. Créée en 1752, cette ménagerie était en piteux état lors de ma visite en 1992. Je me rappelle les nombreuses minuscules fosses à ours dans la partie supérieure du parc, mais aussi les bâtiments anciens, tous colorés de jaune, autour du pavillon central. Cette même année 1992 marque justement le début du renouveau de l'établissement, avec sa transformation en société indépendante, l'arrivée du Dr Helmut Pechlaner à sa direction et le démarrage d'un vaste chantier de rénovation qui a complètement transformé le lieu au cours des décennies qui ont suivi.
D'autres visites ont marqué ces premiers pas à la découverte du monde des parcs zoologiques, notamment au Zoologischen Stadtgarten Karlsruhe, au Wilhelma de Stuttgart ou encore au Parc Animalier de Sainte-Croix à Rhodes.
Premières découvertes des deux grands zoos parisiens
Je suis né à Paris, mais j'ai ensuite passé une grande partie de mon enfance en Alsace. Il me fallut attendre une dizaine d'années avant de découvrir les deux principaux zoos parisiens. En 1996, je visite pour la première fois la Ménagerie du Jardin des Plantes et je me souviens encore très fortement de la grande fauverie, alors utilisée pour plusieurs espèces de grands fauves, ainsi que des historiques fosses à ours et de la singerie.
Parc Zoologique de Paris - octobre 2005
En avril 1997, je découvre enfin le Parc Zoologique de Paris. Le fameux éléphant mâle Siam était encore en vie, même si je ne me souviens pas l'avoir vu ce jour-là. Yen Yen, l'un des deux grands pandas offerts au président Georges Pompidou en 1973, était toujours présent et je me souviens très bien de lui dans son enclos gazonné, paisiblement endormi dans sa grotte. La rénovation du Grand Rocher venait d'être achevée et j'avais emprunté l'ascenseur pour atteindre son sommet ; l'accès était alors payant en sus du droit d'entrée général. La fauverie, construite en 1934 et alors accessible au public, comme la très grande majorité des bâtiments du lieu, venait de fermer quelques semaines plus tôt.
Je suis revenu régulièrement au fil des ans, jusqu'à la fermeture du parc pour rénovation en 2008. J'avais alors écrit quelques lignes intitulées "Dernière visite avant fermeture", concluant par cette phrase : "L'ombre des bêtes sur les rochers, même découverte tardivement, restera gravée dans ma mémoire…".
Qu'est-ce qu'un "espace zoologique" ?
Aujourd'hui, au 21 septembre 2026, j'ai visité exactement 2 070 espaces zoologiques à travers le monde, dans 67 pays, pour un total de 3 130 visites.
Mais comment définir exactement ce qu'est un espace zoologique ? Il existe de multiples définitions, variant d'un pays et d'une culture à l'autre. Pour moi, il s'agit d'un lieu fixe et pérenne où sont maintenus et présentés au public des animaux, qu'ils soient exotiques ou domestiques. La notion d'accueil du public et l'existence d'une pédagogie dédiée contribuent évidemment à caractériser un tel lieu. Je fais néanmoins exception pour certains établissements qui fonctionnent sans accueil régulier du public – collections privées, centres de reproduction ou centres de sauvegarde – mais qui sont intégrés au réseau des parcs zoologiques et/ou ont une certaine ampleur. Les fermes pédagogiques dont l'accueil du public constitue une véritable activité entrent également, pour moi, dans cette définition.
J'ai ainsi créé au fil du temps une nomenclature comprenant 41 catégories d'espaces zoologiques. Certains établissements pourraient évidemment être intégrés à plusieurs catégories : un zoo disposant d'un aquarium, un reptilarium à forte connotation de parc à crocodiles, ou encore un aquarium comprenant un delphinarium. Il ne s'agit pas d'être exhaustif, mais d'essayer de caractériser chaque lieu visité et de lui attribuer une catégorie principale.
Parmi les 2 070 espaces zoologiques que j'ai visités, près d'un tiers sont des "zoos" au sens strict : 659 établissements, soit 32%. S'y ajoutent notamment 125 parcs de faune locale, 84 parcs ornithologiques, 46 safaris et 187 minizoos. Les aquariums constituent la deuxième grande catégorie avec 215 établissements, desquels je distingue 30 delphinariums et 57 miniaquariums. Ajoutons encore 67 reptilariums, 17 parcs à crocodiles, 25 voleries de rapaces et 10 insectariums. Ma nomenclature comprend aussi de nombreux parcs spécialisés : 54 parcs à cervidés, 39 parcs à papillons, 16 parcs à ours et 10 parcs à cigognes – petit rappel pour cette dernière catégorie de l'Alsace où j'ai passé une grande partie de mon enfance. Enfin, j'ai notamment visité 59 fermes pédagogiques, 64 centres de sauvegarde, 49 centres de reproduction, 58 musées d'histoire naturelle présentant des animaux vivants, 25 jardins botaniques avec animaux vivants et une trentaine de collections privées.
Leszoosdanslemonde.com : 25 ans à documenter et partager
Au fil du temps, à force d'accumuler visites et découvertes, j'ai très vite voulu partager tout cela. À l'heure des balbutiements d'Internet, en septembre 2001, je mets en ligne quelques pages sous le nom de domaine Leszoosdanslemonde.com. L'idée première est simple : publier quelques images de mes visites, des comptes rendus et impressions, et créer un forum d'échanges pour les personnes intéressées. Peu d'espaces zoologiques disposent alors de sites Internet dédiés et les réseaux sociaux n'existent pas encore. Le site rencontre rapidement un succès assez incroyable.
En octobre 2004, je suis d'ailleurs invité à faire une présentation au colloque ZooCom, organisé alors par le Syndicat national des directeurs de parcs zoologiques (SNDPZ) à Zoodyssée, à Villiers-en-Bois. Leszoosdanslemonde.com connaît ensuite plusieurs améliorations techniques, avant une refonte majeure en 2013 et le déploiement d'une base de données beaucoup plus conséquente et plus facile à parcourir, avec des fiches dédiées à chaque espace zoologique. Plus de 4 900 établissements sont aujourd'hui référencés, accompagnés de dizaines de milliers de photographies.
Ce 21 septembre 2026, Leszoosdanslemonde.com fête donc son 25e anniversaire ! En un quart de siècle, le monde des zoos a profondément changé, Internet plus encore, et moi avec eux. Chaque parc zoologique et aquarium dispose aujourd'hui de son propre site officiel et de multiples pages d'information ; les réseaux sociaux ont largement pris le relais des forums d'échanges. Mais l'envie qui avait présidé à la création du site reste finalement la même : documenter, comprendre et partager.
Le site demeure aujourd'hui une source d'informations particulièrement riche et établie. Une nouvelle mise à jour et une modernisation globale sont en réflexion depuis quelque temps déjà, afin d'en assurer la pérennité et le prochain quart de siècle !
Une bibliothèque zoologique devenue mémoire
Pour préparer mes visites, améliorer ma compréhension de l'histoire des espaces zoologiques et enrichir mes comptes rendus et articles, j'accumule depuis mes toutes premières visites tout document en lien avec les parcs zoologiques et aquariums. Aujourd'hui, cette collection comprend plus de 8 000 guides de zoos imprimés provenant de 87 pays, 15 000 cartes postales historiques et récentes, plus de 3 000 magazines et revues, environ 1 000 rapports d'activité, ainsi que plus de 2 500 livres et ouvrages sur les zoos et la faune au sens large. Plusieurs mètres cubes de brochures, plans et autres dépliants complètent l'ensemble. Une grande partie de ces documents, notamment les guides de visite, cartes postales et livres, est d'ailleurs référencée en ligne sur Leszoosdanslemonde.com.
De la Chine au Moyen-Orient : élargir le regard
Parmi les pays qui ont particulièrement marqué mes découvertes figure la Chine. En 2004, j'effectue mes premières visites à Hong Kong et Macao et découvre six premiers zoos chinois, dont le Hong Kong Zoological and Botanical Gardens et le fameux Ocean Park Hong Kong. En 2007, j'ai la chance de retourner trois fois en Chine au cours de longs voyages qui m'emmènent à la découverte de 27 espaces zoologiques supplémentaires : Beijing Zoological Gardens, Shanghai Zoo, Chengdu Zoo, Guangzhou Zoo, Xiangjiang Safari Park Guangzhou (encore dans ses balbutiements et devenu depuis Guangzhou Chimelong Safari Park) ou encore Safari Park Shenzhen.
Beijing Zoological Gardens - janvier 2007
Tout cela était alors extrêmement exotique, peu connu et peu documenté. J'avais rédigé à cette époque un long rapport intitulé "Espaces zoologiques en Chine : passé, présent et… avenir ?!". L'approche zoologique a encore énormément évolué dans le pays, mais cet article reste un moment important dans ma compréhension des zoos. Après plus d'une quinzaine de séjours sur place, j'ai aujourd'hui visité 64 espaces zoologiques chinois pour 107 visites, principalement entre 2009 et 2016, mais je retourne régulièrement en Chine depuis 2023.
Parmi les visites les plus marquantes figurent la Chengdu Research Base of Giant Panda Breeding et le Shanghai Ocean Aquarium, découverts en juillet 2007 ; le Hongshan Forest Zoo de Nanjing, visité en 2024 et probablement aujourd'hui l'un des zoos chinois qui m'a le plus impressionné ; Wenzhou Bear's World, également visité en 2024, horrible ferme de production de bile d'ours encore accessible aujourd'hui comme une attraction touristique ; ou encore l'impressionnant Chimelong Ocean Kingdom à Zhuhai, visité en 2014, 2016 et 2023. En 2024, je découvre également la Tongling River Dolphin National Nature Reserve, à Datong, où est maintenu en semi-captivité un groupe de Marsouins du Yangzi (Neophocaena asiaeorientalis), espèce remarquable classée "En danger".
Depuis début 2026, je guide aussi des voyages naturalistes à la découverte de l'unique et incroyable faune chinoise, au Sichuan et au Qinghai, et bientôt dans d'autres provinces. Le lien entre espaces zoologiques, conservation et observation de la faune sauvage est devenu de plus en plus évident dans mon propre parcours.
Breeding Centre for Endangered
Arabian Wildlife (BCEAW) - décembre 2008
Ce lien s'était déjà renforcé à partir de 2007, lorsque je débute des études en gestion internationale de la nature et de la biodiversité à l'Université de sciences appliquées Van Hall Larenstein, à Leeuwarden aux Pays-Bas. De novembre 2008 à février 2009, j'effectue un long stage au Sharjah Breeding Centre for Endangered Arabian Wildlife (BCEAW), aux Émirats Arabes Unis. Créé en 1998, cet établissement fait partie du vaste complexe du Sharjah Desert Park, qui réunit notamment un parc zoologique ouvert au public, l'Arabia's Wildlife Centre, un jardin botanique, un musée d'histoire naturelle et une ferme pédagogique.
Le centre de reproduction BCEAW est consacré à l'étude et à l'élevage d'une grande diversité d'espèces régionales, de la Panthère d'Arabie (Panthera pardus nimr) au Tahr d'Arabie (Arabitragus jayakari), en passant par une multitude de petits mammifères, reptiles, amphibiens et insectes. L'engagement dans la conservation locale est particulièrement fort, avec notamment la gestion de zones protégées dans l'Émirat de Sharjah et l'organisation d'ateliers réguliers pour l'évaluation du statut de conservation des espèces selon les critères de l'UICN. Cette expérience me permet aussi d'entrer en contact avec de nombreux professionnels des zoos et de la conservation dans la région et de profiter de mes jours libres pour visiter de nombreux autres établissements. J'ai à ce jour découvert 84 zoos et aquariums au Moyen-Orient.
Conservation sur le terrain
En 2011, je passe plusieurs mois au Ghana pour étudier l'impact de la chasse par l'homme et les réponses comportementales d'une colonie urbaine de Roussettes des palmiers africaines (Eidolon helvum). Ouvert en 1957, Kumasi Zoo est situé au centre de Kumasi, deuxième plus grande ville du pays, où il occupe une douzaine d'hectares boisés. Le site sert de dortoir à une importante colonie de grandes roussettes des palmiers, une espèce largement répartie en Afrique mais aujourd'hui classée "Quasi menacée" sur la Liste rouge de l'UICN.
À l'époque, cette colonie subit une pression de chasse importante, principalement pour la consommation locale ; des animaux grillés sont même vendus sur de petits étals aux abords directs du zoo. Mon étude vise à comprendre l'impact de cette chasse intensive sur le comportement des animaux, mais aussi à mettre en place des actions pédagogiques au sein du parc zoologique pour informer les visiteurs et contribuer à limiter cette chasse non contrôlée. À nouveau, comme au Moyen-Orient, c'est une opportunité de mettre en pratique sur le terrain les engagements des parcs zoologiques modernes et de m'impliquer directement dans des actions de conservation.
Une passion devenue engagement professionnel
Depuis 2011, je suis impliqué professionnellement dans l'accompagnement et le conseil de projets ou d'établissements zoologiques confrontés à des problématiques d'aménagement ou de gestion d'espaces liés à la présence d'espèces animales. En 2015, je crée mon bureau de conseil, Fox Consulting, et mène depuis de nombreuses études et missions pour des zoos et parcs animaliers de tailles et d'ambitions variées, en France comme à l'étranger : plans directeurs et plans de développement, études de conception, accompagnement à la gestion et à l'intégration dans le réseau zoologique international, évaluation d'installations et de contraintes, etc. Cette activité couvre de nombreux aspects transversaux : biologie appliquée en parc zoologique, bien-être animal, programmation scientifique, réglementation et sécurité, mise en réseau au sein des associations professionnelles, gestion des programmes d'élevage, conservation in situ et actions de terrain. L'ouverture de Parrot World en Seine-et-Marne en 2020 ou la définition d'un ambitieux plan structurant pour l'Assiniboine Park Zoo à Winnipeg, au Canada, comptent parmi les étapes marquantes de cette activité professionnelle.
Depuis 2016, j'interviens également comme conférencier et chargé de cours sur les parcs zoologiques, la conservation de la biodiversité et le bien-être animal en captivité auprès d'étudiants de différents cursus de master à l'Université de Strasbourg.
Quelques chiffres, et quelques records
Parmi les espaces zoologiques que j'ai découverts, certains ont été visités de très nombreuses fois, souvent parce qu'ils se trouvaient proches de mon lieu de vie. J'ai ainsi visité le Zoologischen Stadtgarten Karlsruhe une trentaine de fois depuis 1991. Suivent, avec 27 visites chacun, le Parc Animalier de Sainte-Croix depuis 1993 et le Zoo de l'Orangerie à Strasbourg, aujourd'hui fermé. Depuis 1996, j'ai franchi plus d'une vingtaine de fois le portail du Tiergarten Nürnberg, tout comme celui du Zoo d'Amnéville, où j'ai réalisé mon premier stage de soigneur animalier en janvier 2000.
L'Allemagne et la France sont de très loin les deux pays où j'ai visité le plus d'espaces zoologiques : respectivement 399 établissements allemands pour 685 visites et 287 établissements français pour 672 visites. Viennent ensuite les États-Unis avec 151 espaces zoologiques visités, le Royaume-Uni avec 119 et les Pays-Bas avec 109. Mentionnons encore l'Espagne et la Suisse, avec 79 établissements chacun, le Japon avec 74, la Chine avec 64 et les Émirats Arabes Unis avec 53.
L'année 2009 reste particulièrement exceptionnelle : exactement 234 visites dans 220 zoos, répartis dans 22 pays, dont 183 établissements découverts pour la première fois cette année-là. Plus largement, la période 2008-2012 constitue un véritable tournant, avec près de 1 000 visites en cinq ans dans plus de 800 établissements différents, dont 650 découverts pour la première fois. Fin 2012, je visite d'ailleurs mon 1 000e espace zoologique en Israël, au Zoological Center Tel Aviv-Ramat Gan.
Entre 2021 et 2025, j'ai encore réalisé en moyenne 120 visites par an, pour près de 400 nouvelles découvertes.

Vogelpark Plankstadt - juin 2022
Ma plus longue journée de visites a longtemps été le samedi 18 juillet 2009, lorsque j'avais parcouru huit espaces zoologiques différents dans trois pays – Suisse, Liechtenstein et Autriche – entre Rapperswil et St. Gallen. Un peu comme un clin d'œil et un défi lancé à moi-même, je m'étais ensuite demandé si ce record personnel pouvait être battu.
La région du Rhin, entre Darmstadt et Karlsruhe, se prêtait particulièrement bien à l'expérience. Après la Seconde Guerre mondiale, de nombreux petits parcs ornithologiques et assimilés y ont été créés par des associations locales de passionnés et d'éleveurs. Souvent gratuits, dotés d'horaires très étendus et parfois liés à un restaurant ou une brasserie, ils forment un réseau étonnamment dense. Pour en visiter un maximum en vingt-quatre heures, l'idée d'un 21 juin, jour du solstice d'été, s'est rapidement imposée.
Le mardi 21 juin 2022, ma femme Rūta et moi sommes donc partis à l'assaut de ces petits espaces zoologiques allemands. En commençant vers 5h30 et en poursuivant jusqu'à la tombée de la nuit vers 22h, nous avons totalisé 27 espaces zoologiques visités en une seule journée, tous nouveaux pour nous.
Ce marathon zoologique attire l'attention de Guinness World Records, qui reconnaît peu après l'exploit sous l'intitulé "Most zoos visited in 24 hours". C'était déjà mon deuxième record Guinness : dès 2020, l'organisation avait reconnu mon nombre total de zoos visités. Guinness avait alors choisi de se concentrer sur les zoos au sens strict, en excluant principalement les aquariums et certains parcs spécialisés. Le premier jalon officialisait donc 1 215 zoos différents visités au 6 février 2020 pour le record "Most zoos visited". Celui-ci apparaît pour la première fois dans l'édition Guinness World Records 2021. En 2025, une mise à jour porte le total reconnu à 1 515 zoos différents.
Quelques établissements qui ont aiguisé mon regard
Parmi toutes mes visites de ces quarante dernières années, quelques établissements ont particulièrement marqué ma compréhension des zoos et de leurs engagements. En 2003, j'ai eu la chance de découvrir Jersey Zoo, sur l'île britannique du même nom. Fondé en 1959 par Gerald Durrell et géré aujourd'hui par le Durrell Wildlife Conservation Trust, ce lieu est mondialement reconnu pour son rôle pionnier dans la conservation et l'élevage d'espèces menacées, notamment insulaires. C'est aussi un lieu d'éducation et de partage dont j'ai pu approfondir la philosophie lors de mon master en conservation de la biodiversité au Durrell Institute of Conservation and Ecology, à Canterbury. La Réserve Zoologique de Calviac, créée en France en 2008 par Emmanuel Mouton, est à mes yeux l'un des établissements français les plus proches de cette philosophie, avec un engagement marqué pour la conservation des espèces menacées, notamment de petits carnivores, primates et espèces insulaires.
Depuis 1997, j'ai aussi visité à de nombreuses reprises le Zoo Zürich. Selon moi, ce grand parc réussit particulièrement bien à associer installations historiques et réalisations innovantes et ambitieuses. J'apprécie tout particulièrement le lien établi entre les animaux présentés et leurs milieux naturels d'origine, ainsi que la place accordée à la recherche, à la conservation et à la pédagogie. La grande serre tropicale Masoala, inaugurée en 2003, recrée un remarquable écosystème inspiré des forêts humides de Madagascar. Dans une telle installation, la position même du visiteur change : il n'est plus simplement placé devant un enclos pour regarder un animal, mais devient acteur de sa découverte, parcourant un milieu complexe dans lequel il doit observer, chercher et parfois patienter pour rencontrer ses habitants.
En France, le Bioparc de Doué-la-Fontaine est remarquable par son utilisation exceptionnelle du site naturel, sa végétalisation généreuse et ses vastes espaces accueillant souvent d'importantes cohabitations entre espèces. L'immersion et la richesse de l'expérience de visite s'accompagnent d'un engagement particulièrement fort et concret en faveur de la conservation de la biodiversité à travers le monde.
Les États-Unis : entre zoos et nature sauvage
Depuis 2013, je réalise presque chaque printemps un voyage d'études aux États-Unis pour découvrir une série de parcs zoologiques et d'aquariums minutieusement sélectionnés. C'est devenu un point d'ancrage qui me permet d'enrichir, année après année, ma compréhension des zoos américains, de leur histoire et de leurs développements récents. Au cours d'une douzaine de séjours, j'ai visité 151 espaces zoologiques, parmi lesquels San Diego Zoo et San Diego Zoo Safari Park, découverts en 2013, Bronx Zoo en 2015, Woodland Park Zoo à Seattle en 2019, Monterey Bay Aquarium en 2013 puis 2023, ou encore Disney's Animal Kingdom, finalement visité au printemps 2026.
L'un des grands intérêts de cette destination est la facilité avec laquelle ces visites peuvent être combinées avec du temps passé dans les milieux naturels et à observer la faune sauvage. Les États-Unis disposent d'un vaste réseau d'espaces protégés et de parcs semi-urbains, souvent très accessibles et riches en faune. Je garde des souvenirs incroyables de matinées ou de fins d'après-midi à la recherche d'oiseaux et de mammifères dans des espaces naturels remarquables, tout en consacrant les heures de milieu de journée à parcourir de grands zoos américains. Bien que ce lien soit parfois peu visible au sein même de ces établissements, c'est précisément cet aller-retour entre espace zoologique et nature qu'il me semble essentiel d'explorer.
Retour au Japon : ce que devrait être un espace zoologique moderne
À mon retour du Japon, mi-janvier 2026, j'aurai visité 74 parcs zoologiques et aquariums dans le pays au cours de trois voyages. La découverte d'Ueno Zoo en novembre 2018 – le plus ancien zoo japonais, ouvert à Tokyo en 1882 – fut un moment marquant, mais c'est surtout Tama Zoological Park, à Hino, qui m'avait alors impressionné par la qualité de certaines de ses installations et par son site naturel. Parmi les aquariums, Tokyo Sea Life Park, Toba Aquarium et Kamogawa Sea World restent des établissements étonnants dont les visites comptent parmi mes souvenirs marquants de cette découverte des zoos du monde entier.
Lors de mon troisième voyage, en janvier 2026, un lieu m'a particulièrement marqué : le Quru Guru Amami Rabbit Museum, à Yamato sur l'île d'Amami, au sud de l'archipel. Ce minuscule établissement réunit en un même lieu musée, espace pédagogique, centre de sauvegarde et de soins consacré au remarquable et menacé Lapin d'Amami (Pentalagus furnessi), endémique de l'archipel. Par sa spécialisation, son ancrage local et son implication directe dans la conservation de l'espèce qu'il présente, il résume à mes yeux, à toute petite échelle, ce que devrait être un espace zoologique moderne.
Des vitrines aux portes-fenêtres vers la nature
Les parcs zoologiques sont souvent décrits comme des vitrines du monde sauvage, où les animaux présents seraient les ambassadeurs de leurs congénères vivant dans la nature. Je pense justement que les zoos modernes doivent aller au-delà de ce concept de vitrine : ils doivent devenir des fenêtres ouvertes sur les milieux naturels.
Avec un peu d'audace et de témérité, les fenêtres s'enjambent et deviennent même des portes-fenêtres ! C'est, à mes yeux, l'un des rôles véritables des espaces zoologiques au sens large : faire comprendre que la nature n'est pas un décor lointain, mais qu'elle est tout autour de nous ; créer des liens ; devenir des passeurs ; donner envie d'aller voir, comprendre et observer le vivant au-delà de leurs propres limites ; et rendre chacun de nous davantage acteur et engagé dans la protection de la biodiversité mondiale.
Deux mille espaces zoologiques plus tard, c'est finalement cette curiosité qui demeure intacte. Continuer à observer comment les zoos évoluent, ce qu'ils disent de notre relation aux animaux et comment ils peuvent contribuer, concrètement, à nous rapprocher du monde sauvage. Et continuer, bien sûr, à documenter et partager ces découvertes.
Jonas Livet, 21 septembre 2026
Remerciements
Je souhaite remercier ici ma femme Rūta, elle-même impliquée de longue date dans le monde des parcs zoologiques, qui soutient au quotidien cette frénésie de comprendre le lien qui nous unit au monde sauvage et cet intérêt constant pour les parcs zoologiques. Je remercie également mes parents, ces mécènes méconnus qui ont permis, soutenu avec enthousiasme et encouragé mes premiers pas et mon intérêt grandissant pour les zoos.
Enfin, tous les professionnels et passionnés qui m'ont accueilli et accompagné lors de mes visites, ou avec lesquels j'ai longuement échangé à propos des zoos et de la conservation, ont enrichi mon parcours. Cette notion de partage et d'échanges reste pour moi extrêmement importante. Et, encore et toujours, une pensée profonde pour l'ensemble de la biodiversité qui fait la richesse de la Terre que nous habitons.
