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Dernière visite avant fermeture...
Parc Zoologique de Paris, octobre 2008

 

Mise en ligne : 14 novembre 2008

Page principale à propos du Parc Zoologique de Paris

 

Cet article a été rédigé suite à ma dernière visite au Parc Zoologique du Paris en octobre 2008 du fait de sa fermeture imminente pour travaux. Je retrace ici mes visites et mes observations à Vincennes ainsi que cette visite d'octobre.

Né à Paris, j'y ai vécu quelques années, mais ce sont d'autres capitales européennes qui ont vu mes premiers pas dans le monde des zoos. Berlin, Vienne, Londres puis Barcelone, entre autres, m'ont laissé des images décisives. Il a fallu attendre avril 1997 et un détour par notre capitale française pour découvrir, enfin, le Parc Zoologique de Paris. Cet établissement zoologique, inauguré le 2 juin 1934, fut créé intégralement selon le modèle développé à Hambourg (Allemagne) dès le début du siècle par Carl Hagenbeck. Encore dans les années 2000, avant sa fermeture le 1er décembre 2008, le zoo restait une illustration parfaite de ce concept scénographique, révolutionnaire à l'époque. C'est d'ailleurs le petit Zoo de la Coloniale, créé pour l'Exposition Coloniale Internationale de 1931, qui suscita l'engouement des Parisiens et entraîna la création par le Muséum National d'Histoire Naturelle d'un parc plus vaste et cette fois permanent. Au fil des ans, le Parc Zoologique de Paris s'imposa comme parc zoologique national où avaient lieu les recherches les plus poussées, les naissances les plus rares, les présentations les plus spectaculaires… Cependant, dès les années 1970, l'équipe dirigeante et les médias de l'époque s'inquiétaient de la pérennité de l'établissement si aucune rénovation d'envergure n'était effectuée… Il y a trente ans déjà, le 8 janvier 1978, Le Journal du dimanche titrait "Il faut sauver le Zoo"...

En avril 1997, lors de ma première visite, le Parc Zoologique de Paris avait donc déjà perdu quelque peu son éclat d'antan. Le million de visiteurs ne se pressait déjà plus aux entrées du parc, mais je garde tout de même un souvenir mémorable de cette première découverte. Yen Yen, un des deux grands pandas offerts au Président Georges Pompidou en 1973, était toujours là et je me souviens très bien de lui dans son enclos gazonné, paisiblement endormi dans sa grotte. L'important groupe de girafes, si prolifiques, ainsi que la troupe de babouins de Guinée, furent aussi des observations intéressantes de cette première visite. La rénovation du Grand Rocher venait d'être terminée et j'avais alors emprunté l'ascenseur pour atteindre son sommet ; l'entrée était payante en sus du droit d'entrée général pour le parc. Lors de cette même visite, je ne vis malheureusement pas Siam, le fameux éléphant asiatique mâle reproducteur, qui décéda quelques mois plus tard, en septembre 1997. Il me fallut, d'ailleurs, plusieurs années pour le découvrir enfin, cette fois naturalisé, dans la Grande Galerie de l'Evolution, où il repose depuis 2001.

Un nouveau séjour sur Paris en juillet 2001 me permit de revenir à Vincennes. Ce moment est d'ailleurs fortement marquée par la création du site internet http://www.leszoosdanslemonde.com et c'était une des raisons majeures de ma venue à Paris. J'en avais donc aussi profité pour passer un après-midi au Parc Zoologique de Paris. J'avais observé alors pour la première fois un aye-aye (Daubentonia madagascariensis) dans le petit nocturama, mais c'est Coco, le fameux éléphant de forêt (Loxodonta cyclotis), importé de Sierra Leone en 1963, qui avait surtout animé cette visite. En avril 2002, il fut transféré à La Reserva d'El Castillo de las Guardas dans le sud de l'Espagne, où il décéda quelques mois plus tard. Je ne le revis donc plus en juillet 2002 lors de ma visite suivante. Les travaux avaient déjà débuté pour la fameuse Sifakière, superbe projet, directement lié au peuple malgache et à la conservation de la biodiversité in situ, mais dont la composante ex situ, très fortement diminuée, ne fut finalement terminée qu'en 2006 avec quatre années de retard.

A peine un an plus tard, en juillet 2003, j'étais de retour à Vincennes. Une des six fosses des ursidés, qui ont longtemps fait la fierté du Parc Zoologique de Paris, venait d'être réaménagée et offrait plus d'éléments naturels et d'enrichissements à ces occupants. On peut rappeler que la direction se vantait, d'ailleurs, à une certaine époque de présenter toutes les espèces connues. Lors de ma visite, j'avais encore pu observer quatre espèces : des ours à lunettes, des ours bruns, des ours blancs et des ours malais. La pêche des loutres, nourries en public avec des poissons vivants, était également une activité très intéressante, malheureusement non commentée. En décembre 2003, une intéressante conférence organisée par la SECAS (Société d'Encouragement pour la Conservation des Animaux Sauvages) m'avait à nouveau attiré vers Paris. Les ours blancs n'étaient déjà plus présents, suite à leur transfert vers Artis, le Zoo d'Amsterdam (Pays-Bas). Le dernier rhinocéros blanc, un mâle nommé Gus, d'ailleurs père du jeune rhinocéros né en 1992 (une première en France !), venait aussi d'être transféré à Thoiry en octobre. Un énième girafon venait de naître quelques jours plus tôt, augmentant encore l'incroyable nombre de telles naissances enregistrées à Vincennes depuis 1934. En vue de la reprise de l'élevage des éléphants asiatiques, un nouveau mâle était attendu dans les prochains mois pour rejoindre Kaveri et Nina, toutes deux en âge de se reproduire. On parlait alors d'un mâle en provenance de Singapour et d'une arrivée au printemps suivant... mais les choses ne se firent pas ainsi. L'installation des manchots venait d'être rénovée avec l'ajout de baies vitrées et la consolidation des rochers. Malgré tout cela, je ressentais, plus que lors de mes visites précédentes, le passage du temps et la détérioration progressive de nombreuses installations... Le plateau des tigres était en particulièrement mauvais état ; des fils électriques avait été installés pour éloigner le tigre encore présent des abords du plateau qui commençaient à s'effondrer et des échafaudages maintenaient en place les rochers d'arrière-plan...

A partir de là, mes visites s'espacèrent un peu. Au courant des mois qui suivirent, des rumeurs de rénovations, partielles, puis intégrales, avec ou sans fermeture complète du zoo, allèrent bon train. Suite à quelques informations un peu plus sérieuses, je me décidai à revenir une dernière fois au Parc Zoologique de Paris fin octobre 2005. Il s'agissait alors dans mon esprit d'une dernière visite historique et j'y avais passé la journée entière pour bien m'imprégner de l'atmosphère des lieux. De nombreuses allées étaient, alors, déjà fermées et de nombreuses installations avaient été désertées... Kaveri et Nina, les deux éléphantes, avaient finalement été transférées au PAL quelques mois plus tôt ; les fauves aussi n'étaient plus sur leurs plateaux et les ours ne croupissaient plus dans leurs fosses. La végétation et les mauvaises herbes reprenaient peu à peu leurs droits et cette visite d'un parc zoologique mourant était si étrange... J'étais monté encore une fois à l'assaut du Grand Rocher, l'ascenseur étant fermé depuis belle lurette. Un rendez-vous avec la directrice de l'époque, Dr Claude-Anne Gauthier, m'avait tout de même redonné confiance et espoir. Elle était alors si optimiste quant à l'avenir du Parc Zoologique du Paris. Elle m'avait d'ailleurs montré avec fierté les nouvelles installations intérieures des propithèques couronnés (Propithecus verreauxi coronatus) et l'ancien enclos des grands pandas réaménagé pour le nouveau groupe d'hurleurs noirs (Alouatta caraya). J'étais reparti confiant et sûr de revenir quelques années plus tard pour découvrir un zoo national complètement rénové et tête de file des parcs zoologiques modernes.

Les choses ne se firent finalement pas si vite... Dr Claude-Anne Gauthier partit vers de nouvelles fonctions ; elle fut remplacée par Christine Morrier, que j'avais rencontrée quelques années plus tôt lorsqu'elle était encore à la tête du Zoo d'Amiens. Les projets de rénovation du Parc Zoologique de Paris s'accumulaient et, finalement, la date du 1er décembre 2008 fut choisie pour la fermeture temporaire de l'établissement en vue d'une rénovation complète et intégrale sur plusieurs années. En raison de l'ouverture récente d'un tronçon de la ligne ferroviaire à grande vitesse est-européenne qui permet maintenant de rejoindre Paris en deux heures à partir de Strasbourg, je revins un week-end dans la capitale pour renouveler ma dernière visite de 2005. Mi-octobre 2008, par un dimanche ensoleillé, je me retrouvai donc à nouveau devant le porche de la Porte de Paris du Parc Zoologique de Paris. Dernière visite avant fermeture... Peu de choses ont changé en trois ans, sauf le nombre d'espèces qui a encore été réduit. Lodja, la dernière okapi, est partie pour le Zoo de Bristol (Royaume-Uni) en 2007. Le Parc Zoologique de Paris avait enregistré d'énormes succès de reproduction avec cette espèce, et pas moins de 36 naissances ont eu lieu entre 1957 et 1995. Leurs voisines, les girafes du Soudan (Giraffa camelopardalis antiquorum), dont l'identification correcte n'est que très récente, forment toujours un important groupe et je m'attarde dans l'observation des quinze individus restants, dont cinq jeunes de l'année. Ces animaux exceptionnels, ou encore l'important groupe de babouins de Guinée ou les quelques autres animaux restants tels que le couple d'hippopotames, ne suffisent plus à satisfaire la curiosité des badauds, pourtant nombreux en cette fin de semaine lumineuse. Beaucoup ne comprennent pas... Cela est peut-être dû, en partie, au peu d'informations communiquées aux visiteurs, les panneaux les plus fréquents étant sans conteste les "passage interdit" ou "accès interdit"... Ces rappels sont en effet présents partout dans le parc, jusque dans des endroits improbables où il est quasiment physiquement impossible de passer, ou dans des sanitaires défectueux où un simple "hors service", "en réfection"... ou encore "en travaux" aurait simplement suffi. Tout ceci accentue l'effet de malaise lors de ma visite d'octobre 2008 dans un lieu si riche et si chargé d'histoire, aujourd'hui mené jusqu'à l'abandon, où ne croissent plus que les mauvaises herbes et où les ruines sont légion. Même certains panneaux indiquant "il n'y a plus d'animaux dans cet enclos" ne sont plus lisibles tellement le temps passe vite et les années s'accumulent. Mais il faut aujourd'hui se tourner vers l'avenir, porter tous nos espoirs vers le projet naissant, qui fera peut-être à nouveau du Parc Zoologique de Paris un établissement reconnu dans le monde entier. Il faudra pour cela bien sûr ne pas renouveler les erreurs passées, créer des structures modernes et évolutives, trouver les liens nécessaires entre conservations ex et in situ, garder aussi, bien sûr, dans la mesure du possible et par touches historiques, cet aspect si particulier du Parc Zoologique de Paris, qui représente, ou représentait, une image complète d'un moment clé de l'évolution des espaces zoologiques modernes. L'ombre des bêtes sur les rochers, même découverte tardivement, restera graver dans ma mémoire...

 


Grand Rocher - octobre 2005

 


rochers dégradés par le temps - octobre 2005

 


ancienne fosse des ours et information parcellaire - octobre 2005
 

"l'ombre des bêtes sur les rochers"
 

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