|
Cet article a été rédigé suite à ma
dernière visite au Parc Zoologique du Paris en octobre 2008 du fait de
sa fermeture imminente pour travaux. Je retrace ici mes visites et mes
observations à Vincennes ainsi que cette visite d'octobre.
Né à Paris, j'y ai vécu quelques années,
mais ce sont d'autres capitales européennes qui ont vu mes premiers pas
dans le monde des zoos. Berlin, Vienne, Londres puis Barcelone, entre
autres, m'ont laissé des images décisives. Il a fallu attendre avril
1997 et un détour par notre capitale française pour découvrir, enfin, le
Parc Zoologique de Paris. Cet établissement zoologique, inauguré le 2
juin 1934, fut créé intégralement selon le modèle développé à Hambourg
(Allemagne) dès le début du siècle par Carl Hagenbeck. Encore dans les
années 2000, avant sa fermeture le 1er décembre 2008, le zoo
restait une illustration parfaite de ce concept scénographique,
révolutionnaire à l'époque. C'est d'ailleurs le petit Zoo de la
Coloniale, créé pour l'Exposition Coloniale Internationale de 1931, qui
suscita l'engouement des Parisiens et entraîna la création par le Muséum
National d'Histoire Naturelle d'un parc plus vaste et cette fois
permanent. Au fil des ans, le Parc Zoologique de Paris s'imposa comme
parc zoologique national où avaient lieu les recherches les plus
poussées, les naissances les plus rares, les présentations les plus
spectaculaires… Cependant, dès les années 1970, l'équipe dirigeante et
les médias de l'époque s'inquiétaient de la pérennité de l'établissement
si aucune rénovation d'envergure n'était effectuée… Il y a trente ans
déjà, le 8 janvier 1978, Le Journal du dimanche titrait "Il faut sauver
le Zoo"...
En avril 1997, lors de ma première
visite, le Parc Zoologique de Paris avait donc déjà perdu quelque peu
son éclat d'antan. Le million de visiteurs ne se pressait déjà plus aux
entrées du parc, mais je garde tout de même un souvenir mémorable de
cette première découverte. Yen Yen, un des deux grands pandas offerts au
Président Georges Pompidou en 1973, était toujours là et je me souviens
très bien de lui dans son enclos gazonné, paisiblement endormi dans sa
grotte. L'important groupe de girafes, si prolifiques, ainsi que la
troupe de babouins de Guinée, furent aussi des observations
intéressantes de cette première visite. La rénovation du Grand Rocher
venait d'être terminée et j'avais alors emprunté l'ascenseur pour
atteindre son sommet ; l'entrée était payante en sus du droit d'entrée
général pour le parc. Lors de cette même visite, je ne vis
malheureusement pas Siam, le fameux éléphant asiatique mâle
reproducteur, qui décéda quelques mois plus tard, en septembre 1997. Il
me fallut, d'ailleurs, plusieurs années pour le découvrir enfin, cette
fois naturalisé, dans la Grande Galerie de l'Evolution, où il repose
depuis 2001.
Un nouveau séjour sur Paris en juillet
2001 me permit de revenir à Vincennes. Ce moment est d'ailleurs
fortement marquée par la création du site internet
http://www.leszoosdanslemonde.com et c'était une des raisons majeures de
ma venue à Paris. J'en avais donc aussi profité pour passer un
après-midi au Parc Zoologique de Paris. J'avais observé alors pour la
première fois un aye-aye (Daubentonia madagascariensis) dans le
petit nocturama, mais c'est Coco, le fameux éléphant de forêt (Loxodonta
cyclotis), importé de Sierra Leone en 1963, qui avait surtout animé
cette visite. En avril 2002, il fut transféré à La Reserva d'El Castillo
de las Guardas dans le sud de l'Espagne, où il décéda quelques mois plus
tard. Je ne le revis donc plus en juillet 2002 lors de ma visite
suivante. Les travaux avaient déjà débuté pour la fameuse Sifakière,
superbe projet, directement lié au peuple malgache et à la conservation
de la biodiversité in situ, mais dont la composante ex situ,
très fortement diminuée, ne fut finalement terminée qu'en 2006 avec
quatre années de retard.
A peine un an plus tard, en juillet
2003, j'étais de retour à Vincennes. Une des six fosses des ursidés, qui
ont longtemps fait la fierté du Parc Zoologique de Paris, venait d'être
réaménagée et offrait plus d'éléments naturels et d'enrichissements à
ces occupants. On peut rappeler que la direction se vantait, d'ailleurs,
à une certaine époque de présenter toutes les espèces connues. Lors de
ma visite, j'avais encore pu observer quatre espèces : des ours à
lunettes, des ours bruns, des ours blancs et des ours malais. La pêche
des loutres, nourries en public avec des poissons vivants, était
également une activité très intéressante, malheureusement non commentée. En décembre 2003, une intéressante conférence organisée par la SECAS
(Société d'Encouragement pour la Conservation des Animaux Sauvages)
m'avait à nouveau attiré vers Paris. Les ours blancs n'étaient déjà plus
présents, suite à leur transfert vers Artis, le Zoo d'Amsterdam
(Pays-Bas). Le dernier rhinocéros blanc, un mâle nommé Gus, d'ailleurs
père du jeune rhinocéros né en 1992 (une première en France !), venait
aussi d'être transféré à Thoiry en octobre. Un énième girafon venait de
naître quelques jours plus tôt, augmentant encore l'incroyable nombre de
telles naissances enregistrées à Vincennes depuis 1934. En vue de la
reprise de l'élevage des éléphants asiatiques, un nouveau mâle était
attendu dans les prochains mois pour rejoindre Kaveri et Nina, toutes
deux en âge de se reproduire. On parlait alors d'un mâle en provenance
de Singapour et d'une arrivée au printemps suivant... mais les choses ne
se firent pas ainsi. L'installation des manchots venait d'être rénovée
avec l'ajout de baies vitrées et la consolidation des rochers. Malgré
tout cela, je ressentais, plus que lors de mes visites précédentes, le
passage du temps et la détérioration progressive de nombreuses
installations... Le plateau des tigres était en particulièrement mauvais
état ; des fils électriques avait été installés pour éloigner le tigre
encore présent des abords du plateau qui commençaient à s'effondrer et
des échafaudages maintenaient en place les rochers d'arrière-plan...
A partir de là, mes visites s'espacèrent
un peu. Au courant des mois qui suivirent, des rumeurs de rénovations,
partielles, puis intégrales, avec ou sans fermeture complète du zoo,
allèrent bon train. Suite à quelques informations un peu plus sérieuses,
je me décidai à revenir une dernière fois au Parc Zoologique de Paris
fin octobre 2005. Il s'agissait alors dans mon esprit d'une dernière
visite historique et j'y avais passé la journée entière pour bien
m'imprégner de l'atmosphère des lieux. De nombreuses allées étaient,
alors, déjà fermées et de nombreuses installations avaient été
désertées... Kaveri et Nina, les deux éléphantes, avaient finalement été
transférées au PAL quelques mois plus tôt ; les fauves aussi n'étaient
plus sur leurs plateaux et les ours ne croupissaient plus dans leurs
fosses. La végétation et les mauvaises herbes reprenaient peu à peu
leurs droits et cette visite d'un parc zoologique mourant était si
étrange... J'étais monté encore une fois à l'assaut du Grand Rocher,
l'ascenseur étant fermé depuis belle lurette. Un rendez-vous avec la
directrice de l'époque, Dr Claude-Anne Gauthier, m'avait tout de même
redonné confiance et espoir. Elle était alors si optimiste quant à
l'avenir du Parc Zoologique du Paris. Elle m'avait d'ailleurs montré
avec fierté les nouvelles installations intérieures des propithèques
couronnés (Propithecus verreauxi coronatus) et l'ancien enclos
des grands pandas réaménagé pour le nouveau groupe d'hurleurs noirs (Alouatta
caraya). J'étais reparti confiant et sûr de revenir quelques années
plus tard pour découvrir un zoo national complètement rénové et tête de
file des parcs zoologiques modernes.
Les choses ne se firent finalement pas si vite... Dr Claude-Anne Gauthier
partit vers de nouvelles fonctions ; elle fut remplacée par Christine Morrier, que j'avais rencontrée quelques années plus tôt lorsqu'elle
était encore à la tête du Zoo d'Amiens. Les projets de rénovation du
Parc Zoologique de Paris s'accumulaient et, finalement, la date du 1er
décembre 2008 fut choisie pour la fermeture temporaire de
l'établissement en vue d'une rénovation complète et intégrale sur
plusieurs années. En raison de l'ouverture récente d'un tronçon de la
ligne ferroviaire à grande vitesse est-européenne qui permet maintenant
de rejoindre Paris en deux heures à partir de Strasbourg, je revins un
week-end dans la capitale pour renouveler ma dernière visite de 2005.
Mi-octobre 2008, par un dimanche ensoleillé, je me retrouvai donc à
nouveau devant le porche de la Porte de Paris du Parc Zoologique de
Paris. Dernière visite avant fermeture... Peu de choses ont changé en
trois ans, sauf le nombre d'espèces qui a encore été réduit. Lodja, la
dernière okapi, est partie pour le Zoo de Bristol (Royaume-Uni) en 2007.
Le Parc Zoologique de Paris avait enregistré d'énormes succès de
reproduction avec cette espèce, et pas moins de
36 naissances ont eu lieu entre 1957 et
1995. Leurs voisines, les girafes du Soudan (Giraffa
camelopardalis antiquorum), dont
l'identification correcte n'est que très récente, forment toujours un
important groupe et je m'attarde dans l'observation des quinze individus
restants, dont cinq jeunes de l'année. Ces animaux exceptionnels, ou
encore l'important groupe de babouins de Guinée ou les quelques autres
animaux restants tels que le couple d'hippopotames, ne suffisent plus à
satisfaire la curiosité des badauds, pourtant nombreux en cette fin de
semaine lumineuse. Beaucoup ne comprennent pas... Cela est peut-être dû,
en partie, au peu d'informations communiquées aux visiteurs, les
panneaux les plus fréquents étant sans conteste les "passage interdit"
ou "accès interdit"... Ces rappels sont en effet présents partout dans
le parc, jusque dans des endroits improbables où il est quasiment
physiquement impossible de passer, ou dans des sanitaires défectueux où
un simple "hors service", "en réfection"... ou encore "en travaux"
aurait simplement suffi. Tout ceci accentue l'effet de malaise lors de
ma visite d'octobre 2008 dans un lieu si riche et si chargé d'histoire,
aujourd'hui mené jusqu'à l'abandon, où ne croissent plus que les
mauvaises herbes et où les ruines sont légion. Même certains panneaux
indiquant "il n'y a plus d'animaux dans cet enclos" ne sont plus
lisibles tellement le temps passe vite et les années s'accumulent. Mais
il faut aujourd'hui se tourner vers l'avenir, porter tous nos espoirs
vers le projet naissant, qui fera peut-être à nouveau du Parc Zoologique
de Paris un établissement reconnu dans le monde entier. Il faudra pour
cela bien sûr ne pas renouveler les erreurs passées, créer des
structures modernes et évolutives, trouver les liens nécessaires entre
conservations ex et in situ, garder aussi, bien sûr, dans
la mesure du possible et par touches historiques, cet aspect si
particulier du Parc Zoologique de Paris, qui représente, ou
représentait, une image complète d'un moment clé de l'évolution des
espaces zoologiques modernes. L'ombre des bêtes sur les rochers,
même découverte tardivement, restera graver dans ma mémoire...
|