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Espaces zoologiques en Chine : passé,
présent et... avenir ?!
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| Mise en ligne : 18 mai 2008 |
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J'ai eu la chance de
visiter trente espaces zoologiques chinois, majoritairement au cours de
trois voyages effectués en 2007, en janvier/février, puis juillet et
enfin décembre.
Mon premier contact avec l'Asie date de 2001 lorsque j'avais effectué un
séjour d'une dizaine de jours sur l'île de Taïwan. J'avais alors passé
une journée au
Taipei Zoo, ouvert en 1986 et s'étendant sur une zone de près de 165
hectares. Je garde de cette visite des souvenirs d'un parc zoologique de
très grande taille, d'installations animales parfois gigantesques, mais
aussi souvent artificielles... Certaines zones étaient par contre
beaucoup plus naturelles, avec une dense végétation tropicale. La forêt
des papillons fut une découverte particulièrement impressionnante.
J'eus l'occasion de retourner en Asie en 2004, cette fois à Hong Kong.
Ce territoire, du fait de son histoire particulière et de son statut
actuel de région administrative spéciale (RAS) de la République
populaire de Chine (RPC), est encore très différent de la Chine. Il en
est de même pour les divers espaces zoologiques hongkongais par rapport
à ceux que l'on trouve en Chine. Il est pourtant assez facile de faire
une première incursion en Chine à partir de Hong Kong et d'en découvrir
les prémices.
Ainsi, lors de ce même voyage, j'avais passé une journée à Macao,
l'autre région administrative spéciale du pays. Le
Jardim da Flora et
le Parque de Seac
Pai Van, les deux petits zoos locaux, m'avaient offert un premier
aperçu des conditions de détention dans les zoos chinois et des
caractéristiques propres à ceux-ci. Il m'a fallu pourtant attendre
janvier 2007 et un nouveau voyage pour prendre vraiment la mesure de
tout cela. Au matin du 29 janvier 2007, je franchissais le vaste porche
d'entrée du fameux
Beijing Zoological Gardens...
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Chine, terre de
contrastes, de démesures et de diversités
La Chine, ou plus
précisément la République Populaire de Chine, est aujourd'hui le pays le
plus peuplé au monde avec plus de 1,3 milliard d'habitants. Sa
superficie de près de 10 millions de km² en fait également le troisième
plus grand pays au monde, après la Russie et le Canada.
L'indicateur de développement humain (IDH) mesure le niveau atteint par
un pays en termes d'espérance de vie, d'instruction et de revenu réel
corrigé. Celui de la Chine est de 0,777 selon le rapport mondial sur le
développement humain 2007/2008. Ceci place ce pays au 81e
rang, dans la catégorie des pays à développement moyen. Il est à noter
que la Chine est considérée comme le pays au plus important
accroissement de cet indice depuis 1990, avec une progression de 14
places. Il y a fort à parier que la Chine passera dans la catégorie des
pays à développement humain élevé au cours des prochaines décennies.
Actuellement, le Pays du Milieu est également classé 2e
puissance économique mondiale selon le calcul du produit intérieur brut
(PIB) en parité de pouvoir d'achat (PPA) et 4e
selon le critère monétaire traditionnel. Officiellement pays communiste,
la République Populaire de Chine a adopté une économie socialiste de
marché où libéralisme économique et contrôle politique se côtoient en
une formule spécifique.
Quant à la biodiversité,
elle est particulièrement importante en Chine en raison de la superficie
gigantesque du pays et de la grande diversité des habitats. En ce qui
concerne les vertébrés, le pays est d'ailleurs classé comme l'un des
cinq pays les plus riches au monde, fait remarquable pour un pays
largement tempéré. Plus de 1300 espèces d'oiseaux, 500 espèces de
mammifères, 300 de reptiles et 200 d'amphibiens sont répertoriées sur le
territoire, avec un taux d'endémicité non négligeable.
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Histoire ancienne et
découvertes récentes
Comme cela se faisait
dans beaucoup de pays, quelques Chinois disposaient déjà de ménageries
privées, plusieurs siècles avant notre ère. La majorité d'entre elles
avaient été construites dans un but de décoration, de chasse et de
pêche. Les documents historiques à ce sujet restent malheureusement peu
nombreux et il est difficile d'évaluer le type de relations des Chinois
avec les animaux à cette époque. A la fin du XIIIe siècle, le
grand voyageur Marco Polo décrivit les ménageries des Mongols, suite à
son voyage en Chine en 1271. Ce sont surtout les ménageries de
l'empereur Houpilaï qui attirèrent son attention et sa curiosité. Au fil
des siècles, les autres empereurs et seigneurs chinois développèrent
d'autres établissements où ils conservaient des animaux exotiques, mais
aucun ne marqua réellement l'histoire.
Le père Armand David
(1826-1900), missionnaire lazariste et naturaliste français, voyagea à
plusieurs reprises en Chine et envoya en Europe de nombreux spécimens de
la faune et de la flore locales. Il découvrit, entre autres, le fameux
cerf du Père David (Elaphurus davidianus) dans la ménagerie
seigneuriale de Kiangsu, aujourd'hui connue sous le nom de Nanhaizi Milu
Park. Le père David fut également le premier occidental à découvrir le
grand panda (Ailuropoda melanoleuca)
en 1869.
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Beijing Zoological
Gardens, premier zoo chinois
Le premier véritable
parc zoologique chinois fut probablement le
Zoo de Pékin, ou
Beijing Zoological
Gardens. Fondé en 1906, il se nommait d'abord Wan Sheng Yuan,
le « Jardin aux innombrables animaux domestiques ». Il était alors
installé sur une superficie de 3,5 hectares et était une section de
Zhongyang Nongshi Shiyanchang, la « Ferme Expérimentale Agricole
Centrale de Recherches ». La création de cette ferme de recherches était
un des derniers efforts de la dynastie Qing pour moderniser ses
établissements scientifiques et technologiques, avant son effondrement
final en 1911.
Une commission avait visité l'Europe et les États-Unis en 1905 et 1906
pour étudier les établissements gouvernementaux de ces pays et était
revenue avec la recommandation de créer un jardin d'acclimatation. Un
premier lot d'animaux avait alors été commandé au marchand Carl
Hagenbeck de Hambourg (Allemagne) ; il comprenait 134 animaux
appartenant à 58 espèces. Par la suite, l'acquisition d'espèces
chinoises permit d'augmenter la collection animale.
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Le Wan Sheng Yuan fut inauguré le 18 juin 1908
et s'avéra immédiatement populaire dans une société où les jardins
zoologiques étaient peu connus.
Suite à la proclamation de la République de Chine en janvier 1912, le
Zoo de Pékin connut quelques difficultés. Les problèmes furent en partie
résolus à la fin des années 1920 avec l'établissement du régime du
Guomindang sous Chiang Kai Shek, mais Pékin perdit son statut de
capitale en 1928. La collection animale fut alors fortement réduite.
Par la suite, Pékin fut occupé par les Japonais de 1937 à 1945 et
souffrit de la guerre civile à partir de 1945 entre le Guomindang et les
communistes de Mao Zedong. Quand Pékin fut à nouveau proclamé capitale
en 1949, le zoo ne comptait plus qu'un émeu aveugle, trois perroquets et
une douzaine de singes.
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entrée du Zoo de Pékin - janvier 2007
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Déterminés à faire du zoo un établissement national,
les communistes ouvrirent à nouveau la « Ferme Expérimentale Agricole
Centrale de Recherches » en 1950, puis la totalité du terrain fut
consacré au parc zoologique qui devint le Beijing Dongwuyuan,
« Jardin Animalier de Pékin », le 10 avril 1955. En 1958, la superficie
du terrain fut agrandie pour atteindre 35 hectares. De nombreux
bâtiments et installations furent construits et la collection animale
augmenta d'années en années.
Enfin, depuis l'inauguration d'un nouvel aquarium et de structures pour
pachydermes en 1999, le Zoo de Pékin compte une trentaine
d'installations couvrant une superficie de 90 hectares. La collection
animale est constituée d'environ 15 000 animaux appartenant à près de
1600 espèces.
L'organisation des Jeux Olympiques d'été de 2008 à Pékin a entraîné un
nouvel élan de rénovations et de constructions. La destruction totale du
parc zoologique et son déménagement en périphérie de la capitale avaient
d'ailleurs été évoqués pour construire le village olympique, mais cette
première idée a été rapidement abandonnée. De nouvelles espèces, telles
que des koalas offerts par l'Australie, feront leur apparition à Beijing
en 2008. Des rénovations sont également en cours et, lors de ma visite
en janvier 2007, toute l'ancienne zone des fosses des ursidés et des
cages des félidés avait déjà été détruite.
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Autres parcs
zoologiques construits au début du XXe
siècle
D'autres établissements
zoologiques furent aménagés au début du XXe
siècle dans plusieurs villes chinoises. Il s'agissait, entre autres, de
la ménagerie municipale de Chengdu, créée en 1909. A la même époque,
Qingdao se dota également d'un parc zoologique, au cours de la présence
allemande dans cette ville. Un autre zoo fut créé en 1911 à Canton
(Guangzhou). La plupart d'entre eux ne résistèrent pas aux périodes
troubles qui s'ensuivirent en Chine et furent remplacés par de nouveaux
établissements dans la seconde moitié du XXe
siècle.
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Période de création
de zoos urbains suite à une nouvelle situation politique
La proclamation du
régime communiste en 1949 entraîne un nouvel élan de créations de parcs
zoologiques. Conçus pour offrir au peuple récréation et accès collectif
à la culture, ils sont le plus souvent bâtis dans les grandes villes,
elles-mêmes en cours de développement. Le
Shanghai Zoo, inauguré le 25 mai 1954, est sûrement l'exemple le
plus connu et le plus important. Celui de Chengdu est inauguré, quant à
lui, en 1953 ; celui de Canton en 1958 ; celui de
Qingdao
en 1977... et les exemples sont multiples ! La plupart de ces
établissements furent conçus selon des approches anciennes, accumulant
des rangées de cages nues et des fosses bétonnées. Peu furent rénovés ou
améliorés au cours des décennies. Malgré leur installation en zone
urbaine, ces espaces zoologiques sont habituellement assez étendus,
totalisant 16 hectares par exemple à Chengdu, 31 à Qingdao, 42 à Canton
et même 74 hectares à Shanghai. Le nombre d'animaux et d'espèces
présentés sont également très importants : 3900 animaux appartenant à
450 espèces à Shanghai, 4000 animaux appartenant à 400 espèces à Canton,
plus de 250 espèces à Chengdu... Tout cela participe bien sûr à la
démesure omniprésente en Chine.
Une étape importante fut
franchie en 1985 avec la création de la Chinese Association of
Zoological Gardens (CAZG). Elle a rapidement regroupé en association
plus de 150 espaces zoologiques du pays. Dès la fin des années 1980,
plusieurs colloques furent organisés en collaboration avec des zoos
américains dans le but d'enseigner aux professionnels des zoos chinois
les bases des rôles des zoos modernes ainsi que du maintien en captivité
d'espèces de faune sauvage. C'est ainsi qu'un programme de reproduction
en captivité de la rare sous-espèce de tigre de Chine (Panthera
tigris amoyensis) put être mis en place ; les efforts quant à la
reproduction du grand panda furent également intensifiés et diversifiés.
Tout cela aura beaucoup fait pour la gestion
des populations captives dans les zoos chinois, mais il reste encore de
nombreux éléments à améliorer, surtout au niveau du bien-être individuel
de chaque animal. Le visiteur occidental est, en effet, surpris par le
manque d'enrichissement et d'aménagement des installations. Ce ne sont
pas vraiment les enclos en eux-mêmes, ni même leur superficie ou leur
conception générale, qui posent problème, mais bien leur aménagement
intérieur ! Tous ces zoos urbains, construits au cours des cinquante
dernières années, disposent, et c'est une de leurs caractéristiques,
d'imposants bâtiments et de nombreuses structures pour les animaux. Du
béton et des matériaux non naturels ont souvent été utilisés à outrance,
mais cela n'empêcherait en rien d'enrichir l'espace de vie de chaque
animal présenté.
Comme nous l'avons vu, la conservation et la
recherche, plus particulièrement à propos de quelques espèces
emblématiques, sont tout de même développées en Chine, mais qu'en est-il
de l'éducation ? Celle-ci reste malheureusement encore primaire dans la
grande majorité des parcs zoologiques que j'ai visités en 2007. Les
panneaux sont souvent de petite taille, peu attractifs, avec des
informations parcellaires... De plus, l'identification des espèces
présentées est souvent hasardeuse et même imaginative ! Au contraire,
certains aquariums chinois ont su développer une pédagogie fort riche,
comme nous allons le voir un peu plus loin, et cet exemple devrait être
suivi par les zoos.
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chimpanzé mâle adepte de Coca-Cola au Shanghai Wild
Animal Park - juillet 2007
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En ce qui concerne les
visiteurs chinois, ils sont parfois encore relativement indisciplinés et
peu respectueux des animaux. Donner une banane à travers le
grillage à un singe doré ou à un semnopithèque de François ou jeter une
pierre à un tigre de Chine pour le faire bouger sont malheureusement des
clichés encore fréquents. J'ai même vu, au
Shanghai Wild Animal Park, un chimpanzé accro au Coca-Cola et
approvisionné par les visiteurs. Malgré cela, et en considérant la
totalité de mes visites sur place en 2007, nous pouvons nous montrer
relativement positifs à ce sujet. Des évolutions favorables semblent se
dessiner ces dernières années.
Il est à noter que chaque zoo chinois accueille généralement plusieurs
millions de visiteurs par an. Le
Zoo de Pékin
détient probablement le palmarès avec un chiffre annuel fluctuant entre
8 et 12 millions de visiteurs. Le Zoo de Shanghai, quant à lui, en
accueille un peu plus de 2,5 millions par an. Il en est de même pour
tous les zoos chinois d'une certaine importance ! Tout cela représente
un très fort potentiel d'éducation et de sensibilisation au respect de
la nature et de la faune.
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Les animations auprès
d'animaux dans un but pédagogique, comme cela se développe beaucoup dans
les zoos anglophones et francophones, sont malheureusement inexistantes
dans les zoos chinois... Les spectacles d'animaux sont par contre très
fréquents, faisant intervenir éléphants, mammifères marins, grands
félins et primates dans des shows quotidiens et répétitifs. Nous
développerons ce sujet un peu plus loin en évoquant les nouveaux
établissements ouverts en Chine au cours des années 1990.
Enfin, l'amusement du public semble bien pris
en compte en Chine, entre autres par l'intermédiaire de tous ces
spectacles. La présence de nombreuses attractions et manèges est
également à noter. Les aires de jeux pour enfants avec balançoires,
toboggans et autres structures sont par contre totalement absentes,
reflétant là encore une culture totalement différente de la notre.
A côté de ces nombreux
parcs zoologiques d'une certaine importance, la Chine dispose également
de parcs de plus petite taille. Il s'agit souvent de quelques cages
installées dans un parc public, comme c'est le cas au
Heping Park et au
Yangpu Park de Shanghai. Les cages et enclos sont majoritairement
anciens et obsolètes. Un manque d'organisation global, à l'inverse de ce
qui peut se voir dans les zoos traditionnels, est également notable.
Enfin, le bien-être animal est souvent très peu pris en compte, encore
moins que dans les zoos précités.
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Nouvelle vague de
création de Wild Animal Parks dans les années 1990
Les années 1990 ont vu
le développement d'un nouveau type d'espaces zoologiques en Chine, les
Wild Animal Parks. Il est difficile de cerner précisément où tout
a commencé, mais le Safari Park Shenzhen, inauguré en 1993, est souvent
considéré comme le premier parc de ce type. Outre diverses
caractéristiques que nous allons préciser, la nouveauté majeure était la
possibilité de visiter certains enclos en véhicule. Ce concept de safari
fut initialement développé en Europe et en Amérique du Nord à la fin des
années 1960 et au début des années 1970. A Shenzhen, il ne s'agissait au
départ que de quelques enclos pour ours, lions, tigres... Le concept de
safari fut élargi et développé dès les années suivantes avec, entre
autres, l'inauguration du
Shanghai Wild Animal Park en 1995. Les années suivantes, ce furent
des dizaines de parcs similaires qui furent construits en Chine : le
Badaling
Safari World au pied de la Grande Muraille, à quelques dizaines de
kilomètres au nord de Pékin, le Xiangjiang Safari Park Guangzhou dans la
périphérie de Canton, le Chengdu Wildlife World, le Qingdao Forest
Wildlife World, le Bifengxia Wild Animal Park au sud de Chengdu... et
une multitude d'autres établissements ! A l'heure actuelle, la Chine
dispose probablement de près d'une centaine d'espaces zoologiques de ce
type.
Mais de quoi s'agit-il
précisément, qu'est-ce qu'un Wild Animal Park chinois ?! Sans
n'avoir jamais visité aucun zoo des États-unis, j'ai le sentiment qu'une
certaine origine peut y être trouvée... En visionnant de nombreuses
cartes postales de zoos américains des années 1970, on retrouve certains
clichés très présents aujourd'hui dans les Wild Animal Parks
chinois, comme ces arènes de spectacle, la possibilité d'effectuer sa
visite à bord de voiturettes, les foules omniprésentes...
La visite de ces espaces
zoologiques est divisée en une partie parcourue en véhicule et un parc
plus traditionnel visité à pieds. La plupart de ces parcs sont installés
sur de très grande superficie, plus de 100 hectares, parfois même
plusieurs centaines d'hectares. Les sites choisis, bien que souvent dans
des zones touristiques ou tout au moins relativement facilement
accessibles, sont généralement de superbes sites naturels : une zone
d'étangs et de marécages pour le
Shanghai Wild Animal Park, une superbe forêt montagneuse pour le
Bifengxia Wild Animal Park, un site de canyons et de collines rocheuses
sous la Grande Muraille pour le
Badaling
Safari World... De tels espaces offrent un cadre absolument superbe
pour la présentation d'animaux exotiques, mais ont malheureusement été
très peu mis en valeur voire même complètement ignorés lors de la
conception. De telles superficies si importantes obligent également les
visiteurs à emprunter de petits véhicules électriques pour visiter la
partie normalement visitable à pieds.
Une analyse rapide des
chiffres publiés quant aux collections animales présentées donne
également un aperçu de la démesure. Il s'agit souvent de plus de 10 000
animaux, voire même 20 000, et de plusieurs centaines d'espèces. Même si
ces chiffres sont quelques peu exagérés pour attirer le public, une
visite d'un Wild Animal Park chinois est impressionnante.
Une grande partie des espèces présentes appartiennent bien sûr à la
faune locale, avec des groupes reproducteurs de takins du Sichuan (Budorcas
taxicolor tibetana), de rhinopithèques de Roxellane (Pygathrix
roxellana), de semnopithèques de François (Trachypithecus
francoisi) et bien d'autres espèces chinoises. Les grands pandas et
les petits pandas du Styan (Ailurus fulgens
styani) possèdent également une place de choix et sont
visibles dans la plupart de ces établissements, dans des installations
de plus ou moins bonne qualité.
Les espèces africaines sont également très présentes avec des grands
groupes d'ongulés, de girafes, d'hippopotames, de rhinocéros blancs...
Certains de ces animaux sont probablement importés directement
d'Afrique ; c'est en tout cas connu que la Chine est un des plus gros
importateurs de rhinocéros blancs vivants et j'ai observé en 2007
plusieurs dizaines de jeunes individus de cette espèce. Rien que le
Xiangjiang Safari Park Guangzhou en possédait sept lors de ma visite en
décembre. Des espèces sud-américaines, en particulier de petits primates
comme les saimiris, voire même des atèles, sont également très
présentes. Les grands carnivores, ours, lions, tigres et autres félidés,
forment bien sûr une grande part de l'attractivité des safaris. Ces
animaux sont présentés par groupes de plusieurs dizaines d'individus et
c'est typique pour ce genre de parcs. En janvier, j'ai par exemple
observé au
Badaling Safari World plus de 35 lions dans un même enclos, et de
plus une grande majorité de mâles. Des guépards occupent parfois des
enclos visitables en voiture, tandis que des panthères des neiges ne
sont pas si rares dans les zones visitables à pieds.
La présence de certaines espèces est parfois plus surprenante. La plus
étrange surprise fut probablement pour moi la découverte d'un groupe de
six jeunes doucs à pattes noires (Pygathrix nigripes) au
Xiangjiang Safari Park Guangzhou en décembre 2007. Leur origine exacte
reste encore très mystérieuse.
Des collaborations internationales et échanges d'animaux sont parfois
également organisés. Le Xiangjiang Safari Park Guangzhou a ainsi obtenu
en avril 2006 six koalas (Phascolarctos cinereus) du Currumbin
Wildlife Sanctuary (Australie). Ces animaux se sont reproduits dès août
2006 et deux jumeaux ont même vus le jour le 16 octobre de la même
année. Le parc présentait en décembre 2007 dix koalas, effectif que je
n'avais jamais observé auparavant dans un même parc zoologique.
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doucs à pattes noires au Xiangjiang Safari Park Guangzhou
- décembre 2007 |

koala au Xiangjiang Safari Park Guangzhou - décembre 2007 |
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Les reptiles sont
relativement peu représentés dans les Wild Animal Parks chinois,
à part bien sûr les traditionnels alligators de Chine (Alligator
sinensis). On retrouve parfois des crocodiles du Nil (Crocodylus
niloticus) ou des crocodiles indopacifiques (Crocodylus porosus)
et quelques espèces de serpents. Les salamandres géantes de Chine (Andrias
davidianus), si rares en captivité en Europe, sont bien présentes
dans ces établissements chinois. Quant aux oiseaux, ils sont plus ou
moins représentés. Le visiteur trouve parfois quelques rapaces nocturnes
dans des séries de petites volières, mais la majorité des oiseaux sont
présentés dans de gigantesques volières où le public peut entrer. Ces
volières, le plus souvent une par établissement, sont gigantesques,
totalisant parfois plus d'un hectare de terrain couvert, souvent avec
une importante végétation. La hauteur sous filet est également
importante, parfois plusieurs dizaines de mètres. La volière du
Bifengxia Wild Animal Park est dans ce sens particulièrement
impressionnante. Les espèces qui cohabitent dans de telles structures
sont très variées, incluant grues, anatidés, corvidés, laridés...
Une autre
caractéristique des Wild Animal Parks chinois est malheureusement
la quantité impressionnante de spectacles proposés quotidiennement aux
visiteurs. Ceux-ci font intervenir principalement grands félins,
ursidés, éléphants, mammifères marins et primates, dans des spectacles
de cirque typiques et humiliants. Alors que l'animal captif peut très
bien être un magnifique support de transmission de connaissances et de
respect du monde animal, les animaux participant aux shows chinois n'ont
aucun de ces attributs. Une musique tonitruante, les cris des
spectateurs et des dresseurs, souvent plusieurs sur la piste, les
regroupements d'animaux si divers et les tours qui leur sont demandés
n'ont rien de naturel et de pédagogique... bien au contraire... Il
serait difficile de citer toutes les horreurs observées au cours de ces
spectacles. Le spectacle du
Shanghai Wild Animal Park m'avait particulièrement choqué en juillet
dernier avec un combat de boxe d'ours à collier (Ursus
thibetanus), ces animaux étant d'ailleurs toujours obligés de
se déplacer debout. Le show s'était terminé par la prestation d'un jeune
rhinopithèque de Roxellane, animal pourtant si rare et délicat !
Les locaux utilisés pour garder les animaux entre les spectacles sont
également loin d'être adaptés et sont habituellement de simples petites
cages. Par ailleurs, la sécurité des spectateurs est fort discutable. Le
souvenir de visiteurs se déplaçant au milieu de cinq éléphants sur la
piste, dont quatre mâles, avec une surveillance très limitée des
soigneurs reste gravé dans ma mémoire.
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combat d'ours au Shanghai Wild Animal Park -
juillet 2007 |

spectacle d'éléphants au Shanghai Zoo - juillet
2007 |
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En sus de tous ces
spectacles, il est également proposé aux visiteurs de prendre des
clichés avec des animaux. Ainsi, tout au long de sa visite, le visiteur
se retrouve sur de petites places en face d'un éléphant, d'un ours à
collier ou même d'un tigre, et il lui est proposé de s'approcher pour
être pris en photographie. Là encore, le bien-être animal est fortement
discutable. Le danger relatif à de telles pratiques est aussi non
négligeable, plusieurs accidents ayant d'ailleurs déjà été relatés.
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séance de photographies avec un ours au Safari Park
Shenzhen - décembre 2007 |

séance de photographies avec un tigre au Safari Park
Shenzhen - décembre 2007 |
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Le nourrissage des
fauves avec des animaux vivants dans les Wild Animal Parks est
également connu depuis la fin des années 1990. Je me souviens très bien
d'un matin de l'été 1999, alors que je me préparais à aller visiter le
Zoologischer Garten Augsburg (Allemagne) ; j'étais tombé au
petit-déjeuner sur un journal local où figurait une impressionnante
photographie montrant une vache au milieu de plusieurs grands lions. Ces
images, prises au
Badaling
Safari World, avaient fait le tour de l'Europe et avaient scandalisé
de nombreuses personnes et associations, mais ces pratiques ont continué
à se développer et existent toujours à l'heure actuelle. Au
Shanghai Wild Animal Park, des poulets vivants sont accrochés aux
autocars qui traversent les enclos des grands fauves. La relation
prédateur-proie n'est pourtant pas toujours si facile et les images
filmées au Qingdao Forest Wildlife World par Pierre Livet en juin 2007
sont particulièrement évoquantes. Là, à l'instar de ce qui se faisait à
l'époque romaine dans les arènes surpeuplées, une vache est mise en
présence d'un couple de lions. Alors qu'on pourrait s'attendre à une
mise à mort rapide du bovin, un jeu de courses poursuites et de face à
face s'ensuivit pendant plus de vingt minutes, et les lions reculaient
parfois face au ruminant ! Finalement, le lion mâle jeta à terre la
vache et assura sa prise à la gorge. C'est alors que le personnel du
parc intervint pour éviter la mise à mort, les fauves furent rentrés et
la vache récupérée. Dans ce même parc, il était également proposé aux
visiteurs d'acheter volailles et chèvres qui étaient jetées en pâture
dans les fosses aux fauves.
La majorité de ces Wild Animal Parks chinois furent créés dans un
but commercial. De telles installations nécessitent un investissement
considérable et leur rentabilité réelle est parfois discutable... De
plus, certains ont déjà dû fermer leurs portes. Le 15 juillet 2007, je
me suis ainsi trouvé face à une vaste grille installée devant l'entrée
du Chengdu Wildlife World, situé à Jintang, à une trentaine de
kilomètres au nord de Chengdu. Ce parc avait été ouvert au début de
l'année 2002 sur une vaste superficie et disposait, comme les autres
Wild Animal Parks chinois, d'une importante collection animale et
d'imposants bâtiments et installations. J'appris alors qu'il avait fermé
définitivement ses portes en mars 2007, après à peine cinq ans
d'exploitation. L'immense arche d'entrée, tombant déjà en ruines, me
laissa une impression étrange, me rappelant la croissance effrénée
rencontrée si souvent dans ce pays, mais aussi son côté éphémère !
Les premiers Wild Animal Parks chinois ouverts au milieu des
années 1990 commencent tout de même à évoluer. En décembre 2007,
d'importants travaux étaient en cours au Safari Park Shenzhen dans le
but de transformer l'ancienne zone visitable en autocar, en zone
visitable à pieds. Les anciens chemins routiers seront remplacés par des
passerelles surélevées, à partir desquelles les visiteurs pourront
observer les fauves à leur guise. Le Xiangjiang Safari Park Guangzhou,
probablement un des meilleurs si ce n'est le meilleur zoo en Chine, a
également transformé complètement son safari en 2004. La visite ne se
fait plus à bord d'autocars, mais grâce à un petit train sur roue. Les
visiteurs se retrouvent plus proches des animaux, ressentent une plus
grande impression de liberté... Le petit train ne traverse plus
directement les enclos des carnivores, mais les longe simplement,
offrant aux animaux un repos relatif et surtout des possibilités de
retrait et d'isolement. Les herbivores ont été séparés en plusieurs
zones géographiques ; l'Afrique a même été divisée en une zone des
plateaux d'Afrique du Sud et une zone des savanes d'Afrique de l'Est !
Toutes ces possibilités d'évolution positives seraient à étudier pour
tous les autres espaces zoologiques de ce type et pour toute nouvelle
création chinoise. De plus, une étude approfondie des zoos américains et
de leurs évolutions pourraient également apporter des éléments utiles !
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Shanghai Natural
Wild-Insect Kingdom et Crocopark Guangzhou, deux parcs spécialisés
Avant d'évoquer le cas
des aquariums en Chine, nous pouvons encore nous attarder sur le cas de
deux parcs spécialisés : le
Shanghai Natural Wild-Insect Kingdom et le Crocopark Guangzhou. Là
encore, le concept semble intéressant, mais la façon de l'aborder sur
place révèle certains points sensibles. Le Shanghai Natural Wild-Insect
Kingdom, inauguré en avril 2006 en plein cœur de Shanghai, présente sur
2000 m² une collection très variée. Les mammifères y sont représentés
surtout par de petites espèces, relativement courantes, mais vivant ici
dans de simples petites cages nues sans aucun enrichissement. Lors de
mon passage en juillet 2007, aucun papillon ne volait dans la serre qui
leur était dédiée. Par contre, une riche collection d'insectes en tous
genres était présentée dans une seconde salle ; il s'agissait
majoritairement de scarabées et d'espèces du genre Orthoptera. En
descendant au sous-sol, je découvris une collection de plus de 80
espèces de tortues. Malheureusement, la très grande majorité
d'entre-elles vivaient dans de tout petits terrariums et souvent
solitaires... Plusieurs dizaines d'espèces d'anoures, de lézards divers,
quelques serpents et des animaux de compagnie complétaient encore les
présentations. En consultant le site internet du Shanghai Natural
Wild-Insect Kingdom et en lisant quelques notes avant ma visite, j'avais
vraiment été enthousiasmé par le concept centré autour des insectes, de
leurs comportements, de leur place dans les milieux naturels... Une fois
sur place, la déception fut vraiment grande et j'eus beaucoup de mal à
saisir l'intérêt de regrouper un si grand nombre d'espèces dans des
locaux si sombres et restreints. Un choix précis de quelques espèces et
une bonne présentation aurait permis une pédagogie si intéressante !
Le Crocopark Guangzhou, ouvert au public en 2004, se targue d'être le
plus grand élevage au monde ouvert au public. Sur plus de 25 hectares,
100 000 crocodiles y vivent dans de vastes plans d'eau d'élevage.
Plusieurs zones sont également organisées uniquement pour la
présentation au public avec de petits bassins pour certaines espèces de
crocodiliens, un vivarium, un bassin de spectacle pour otaries et un
autre de spectacle avec crocodiles, un bassin pour un couple
d'hippopotames... Le plus surprenant et le plus choquant sont les deux
premiers bâtiments situés juste après l'entrée. L'un contient les
différents ateliers et cuisines où sont tués et débités les crocodiles.
Le visiteur a donc tout loisir d'observer le découpage de ces animaux,
puis la préparation de la viande et le traitement des peaux ; un atelier
de maroquinerie y est également installé. Le second bâtiment est une
boutique où le public peut acheter tous les produits issus de
l'élevage : objets en peaux (veste, portefeuille, bottes...), viande
séchée, viande crue, animaux naturalisés, crânes... En sus de tout
cela, les conditions de vie des animaux dans cet établissement sont loin
d'être optimales. Une rangée de cages présente aussi un certain nombre
de crocodiles difformes ou mutilés, une vraie galerie des horreurs !
Un autre espace zoologique particulier existait également à Canton entre
2000 et 2005 ; il s'agissait du Chime-Long Night Zoo, parc zoologique
visitable uniquement la nuit, construit selon le modèle du Night Safari
de Singapour.
Les espaces zoologiques spécialisés semblent pour le moment encore peu
développés en Chine, mais les choses peuvent changer très rapidement à
l'avenir. Alors qu'ils pourraient très bien être justement spécialisés
dans le maintien en captivité d'un petit nombre d'espèces spécifiques,
ceux existant à l'heure actuelle semblent au contraire regrouper tous
les défauts des parcs zoologiques plus traditionnels !
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Aquariums en Chine
Les origines du maintien
en captivité de poissons sont très anciennes. En effet, l'aquarium, en
tant que réservoir destiné à entretenir des animaux ou des plantes
aquatiques dans un but d'amusement ou d'étude, ne trouve pas ses
origines, à l'inverse des ménageries ordinaires, dans l'antiquité
gréco-romaine. Les anciens ne connurent en Europe, jusqu'au XVIe
siècle, que l'élevage des poissons ou des huîtres, dans un but
culinaire, comme au temps des Romains. L'aquarium proprement dit fut
inventé par les Chinois pour garder en captivité le carassin doré (Carassius
auratus), plus communément appelé poisson rouge. L'espèce fut
domestiquée vers l'an 950, d'abord dans la province de Zhejiang d'où
elle paraît être originaire ; puis, la coutume se répandit peu à peu
dans les autres provinces de la Chine, et tous les grands possédèrent
bientôt des poissons dans les bassins de leur jardin. De leur côté, les
dames chinoises en conservaient dans des vases en porcelaine, ou des
globes de cristal, qu'elles plaçaient sur les cheminées ou aux fenêtres
de leurs appartements. Plusieurs centaines de variétés, toutes aussi
curieuses les unes que les autres, ont d'ailleurs été créées.
L'Aquarium de Qingdao,
inauguré en 1932, fut le premier aquarium public ouvert en Chine. Il
existe d'ailleurs encore à l'heure actuelle, mais a été agrandi et un
second aquarium, l'Underwater
World Qingdao, a été ajouté à quelques dizaines de mètres du
bâtiment d'origine.
En parallèle à la création de tous les Wild Animal Parks, la
Chine s'est également doté, peut-être avec quelques années de décalage,
les premiers ouvrant à la fin des années 1990, de toute une série
d'aquariums et de parcs aquatiques. Bien que le concept soit commun, les
noms utilisés sont variés, le simple mot « aquarium » n'étant peut-être
pas assez accrocheur pour le visiteur. On retrouve ainsi aujourd'hui en
Chine des dizaines d'Underwater World, d'Ocean World, de
Polar Ocean World, d'Ocean Aquarium, de Sea Park,
de Sea World et ainsi de suite.
Il s'agit à nouveau d'investissements importants, parfois réalisés en
collaboration avec des entreprises étrangères. Installés sur plusieurs
dizaines de milliers de mètres carrés, ces espaces zoologiques se
concentrent sur la présentation de poissons et autres créatures marines
dans divers bassins. Les grands aquariums pour requins ainsi que les
tunnels vitrés sont très communs et fort développés. Pour attirer les
visiteurs, un delphinarium est souvent créé au sein de ces parcs.
Plusieurs espèces de mammifères marins y sont présentées en spectacle.
En sus des traditionnels grands dauphins (Tursiops truncatus), on
retrouve malheureusement aussi, et ceci très fréquemment, des bélougas (Delphinapterus
leucas). Il s'agit la plupart du temps de jeunes individus, importés
de Russie, et qui participent à des shows des plus sordides. La Russie
est d'ailleurs un très bon fournisseur d'autres mammifères marins comme
les pinnipèdes. J'ai ainsi pu observer en janvier 2007 au
Qingdao Polar Ocean World trois otaries de Steller (Eumetopias
jubatus), mais aussi une trentaine d'individus appartenant à cinq
espèces cohabitant, plutôt mal d'ailleurs, dans un même bassin : otaries
à fourrure du nord (Callorhinus ursinus), lions de mer de
Californie (Zalophus californianus), lions de mer australs (Otaria
byronia), phoques veau marin (Phoca vitulina) et
phoques gris (Halichoerus grypus).
En ce qui concerne les mammifères, on retrouve aussi de temps en
temps des loutres de mer (Enhydra lutris) et des ours polaires (Ursus
maritimus). Les manchots, souvent de plusieurs espèces, sont
également un élément incontournable de ces parcs marins.
Pour revenir aux
aquariums en tant que tels, certains, malgré un investissement
considérable, sont de qualité très moyenne, voire médiocre, comme le
Changfeng Ocean World à Shanghai, inauguré en avril 1999. D'autres,
par contre, mais sûrement en nombre plus restreint, sont de très bonne
facture. Le
Shanghai Ocean Aquarium, inauguré en février 2002, que j'ai eu la
chance de visiter en juillet 2007, m'a beaucoup impressionné, et reste
probablement un des meilleurs aquariums que j'ai pu visiter jusqu'à
présent. Son concept général, son organisation en zones thématiques, sa
pédagogie si riche, concrète et précise, sa zone consacrée à la faune
chinoise ou encore ses expositions temporaires participent à la grande
qualité de tout l'établissement. Tout aquarium, qu'il soit d'ailleurs
chinois ou implanté dans un pays occidental, devrait s'en inspirer. Les
méthodes de pédagogie utilisées là-bas pourraient aussi sûrement être
adaptées à un usage en parc zoologique.
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béluga au Qingdao Polar Ocean World - février 2007 |

pédagogie au Shanghai Ocean Aquarium - juillet 2007 |
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Centres de
reproduction pour grands pandas et autres espèces chinoises
Nous ne pouvons quitter
la Chine sans évoquer les centres de reproduction pour grands pandas.
Cette espèce endémique possède un habitat particulier dans le centre du
pays. Dès les années 1970, face à une pression grandissante des
populations humaines dans cette même zone, de nombreux conflits et
problèmes apparurent. De nombreux pandas durent être pris en charge par
des zoos en vue de leur apporter des soins avant d'envisager d'éventuels
réintroductions. Un certain nombre de ces pandas furent conservés en
captivité pour former le noyau d'une éventuelle population
reproductrice. En parallèle au nombre de plus en plus important de
grands pandas récupérés, le souhait d'effectuer des recherches plus
poussées quant à l'espèce se faisait de plus en plus ressentir. C'est
ainsi qu'une collaboration entre le gouvernement chinois et le WWF
permet d'établir en 1983 à Wolong le China Conservation and Research
Center for the Giant Panda (CCRCGB). Le Zoo de Chengdu créa en 1987 un
centre similaire à la périphérie de la ville, le
Chengdu Research Base
of Giant Panda Breeding. Enfin, en décembre 2003, le CCRCGB inaugura un
troisième centre à 160 km au sud de Chengdu, le Bifengxia Base of CCRCGP.
Ce dernier établissement est une véritable branche du centre initial de
Wolong et permet la création d'une nouvelle sous-population captive,
avec tout l'intérêt de conservation que cela représente.
A l'heure actuelle, le
Bifengxia Base of CCRCGP possède une vingtaine de grands pandas, le
Chengdu Research Base
of Giant Panda Breeding une cinquantaine, tandis
que près d'une centaine d'individus se trouvent au China Conservation
and Research Center for the Giant Panda de Wolong. Cette population très
importante a permis au fil des ans de très intéressantes et très utiles
recherches quant à la biologie, la nutrition, les comportements, la
reproduction, mais aussi le maintien en captivité de cette espèce si
particulière. Depuis quelques années, la reproduction, autrefois très
délicate, commence à être maîtrisée et un peu plus d'une trentaine de
grands pandas ont vu le jour en captivité en 2006, puis le même nombre
en 2007. L'insémination artificielle, élément important étudié à Wolong
et Chengdu, est utilisé aujourd'hui relativement fréquemment.
De tels succès de
reproduction ont permis d'envisager la réintroduction d'individus dans
le milieu naturel. C'est ainsi que Xiang Xiang, jeune panda né en 2002
au CCRCGB, fut relâché dans les montagnes du Sichuan le 28 avril 2006.
Malgré une bonne adaptation à son nouveau milieu au cours des premiers
mois, le corps de l'animal fut malheureusement retrouvé au tout début de
l'année 2007. Les experts de Wolong conclurent que l'animal avait eu des
difficultés pour imposer son territoire et trouver de la nourriture, et
avait été tué par d'autres pandas. Un nouveau programme de
réintroduction est actuellement en cours d'élaboration et inclura
probablement une préparation plus longue avant tout relâché.
Le coût d'un tel programme est bien sûr discutable, surtout au vu des
résultats envisageables. De plus, l'habitat originel du grand panda est
encore fragmenté et en déclin. La création de couloirs naturels entre
les réserves existantes devrait également être intensifiée.
Enfin, vouloir à tout
prix la reproduction d'une population animale peut parfois amener à des
décisions difficiles mettant en péril le bien-être individuel des
animaux captifs. La grande majorité des nouveaux-nés sont retirés à la
naissance des soins de leur mère et sont élevés par l'homme dans de
modernes et luxueuses nurserys. Mais cela n'est-il pas aussi participer
à un cercle vicieux avec des animaux ayant toujours des problèmes
comportementaux et donc de reproduction ? Qu'en est-il aussi des
femelles qui mettent bas dans des loges bétonnées, entourées de
vétérinaires et soigneurs qui veulent à tout prix récupérer le
nouveau-né ? Et de celles s'occupant de leur jeune dans ces mêmes loges
sans n'avoir aucune possibilité de se soustraire à la vue des
soigneurs ?
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Les enclos extérieurs des grands pandas que j'ai pu
découvrir au
Chengdu Research Base
of Giant Panda Breeding et au
Bifengxia Base of CCRCGP sont probablement les meilleures structures que
l'on puisse offrir à ces animaux en captivité, à la fois en superficie
et en aménagement naturel ; l'été, en raison des fortes chaleurs à
l'altitude à laquelle sont installés ces centres, la majorité des pandas
sont maintenus en intérieur dans des loges climatisées. Ces loges sont
malheureusement petites, bétonnées, sans cachette ni coin de repos. De
plus, les visiteurs sont alors amenés à se retrouver très proches des
animaux.
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grand panda au Chengdu Research
Base of Giant Panda Breeding - juillet 2007
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Cela nous amène à
évoquer un dernier point, celui de l'éducation du public. Ces centres de
reproduction sont très visités et accueillent de nombreux touristes,
étrangers et chinois. Un nouveau bâtiment éducatif a d'ailleurs été
inauguré au
Chengdu Research Base
of Giant Panda Breeding en 2007 et
offre une multitude d'informations. Des programmes de parrainage et de
dons sont également bien développés. Le Bifengxia Base of CCRCGP a
d'ailleurs été installé dans une zone fortement touristique, à quelques
kilomètres à peine du Bifengxia Wild Animal Park. Un bon équilibre entre
centre de recherches et centre touristique semble avoir été trouvé pour
le moment et nous pouvons espérer que cet équilibre soit conservé.
La location de grands
pandas à des zoos étrangers a connu une période relativement calme dans
les années 1990, en particulier en Europe. Face aux récents succès de
reproduction et au désir toujours plus grand des parcs zoologiques de
présenter cette espèce emblématique, il est maintenant fort à parier que
ces animaux feront de plus en plus leur apparition dans les zoos
occidentaux au cours des prochaines années. Deux pandas ont ainsi été
accueillis au Zoo Aquarium de Madrid (Espagne) en septembre 2007 et une
naissance a déjà été enregistrée au Tiergarten Schönbrunn de Vienne
(Autriche).
La Chine possède
également un certain nombre d'autres espèces endémiques et
emblématiques. Plusieurs centres de reproduction et de recherche ont été
créés au cours des vingt dernières années sous la tutelle de divers
parcs zoologiques majeurs, de la Chinese Association of Zoological
Gardens et de la China Wildlife Conservation Association. Ils se
concentrent sur diverses espèces dont les rhinopithèques, les langurs de
François, les alligators de Chine...
Les fameux tigres
de Chine (Panthera tigris amoyensis), sous-espèce de tigre
endémique du pays et considérée comme la plus menacée, représente
également un bon exemple. Son statut dans la nature est fortement
incertain et moins d'une trentaine d'individus survivraient dans le sud
de la Chine. Un programme de reproduction a été établi dans plusieurs
zoos chinois et la population captive a atteint aujourd'hui un effectif
d'une cinquantaine de tigres.
Li Quan, une Chinoise vivant à Londres, a créé
l'association Save China's Tigers (www.savechinastigers.org)
en 2000. Celle-ci s'est développée ensuite grâce à des fonds privés. En
2002, un terrain de 330 km² fut acquis en Afrique du Sud et plusieurs
tigres de Chine nés dans des zoos chinois y furent envoyés dès 2003 pour
apprendre à chasser et à vivre en milieu naturel en vue d'une éventuelle
réintroduction dans la nature en Chine. Des personnes, comme Li Quan,
espère que le gouvernement chinois prouvera sa bonne volonté par de
telles réintroductions dès 2008, année des Jeux Olympiques d'été à
Pékin. Une question pourtant me taraude à propos de tout ce programme...
Faut-il importer si loin de Chine un programme de conservation pour
qu'il réussisse ? Ne serait-il pas plus judicieux d'abord de se
concentrer sur les habitats restants dans le pays et d'assurer une
population captive viable ?
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tigre de Chine au Shanghai Zoo - juillet 2007 |

rhinopithèque de Roxellane au Beijing Zoological Gardens
- juillet 2007 |
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Moon Bear Rescue
Center, centre de récupération d'ours à collier
Avant de quitter la
Chine et de conclure ce bref aperçu des espaces zoologiques de ce pays,
je souhaiterais encore m'attarder un peu sur un autre parc, visité le 14
juillet 2007. Le Moon Bear Rescue Center est situé à Longqia, à une
trentaine de kilomètres au nord de Chengdu. Il a été inauguré en
décembre 2000 par Jill Robinson, fondatrice et présidente de l'Animals
Asia Foundation (AAF,
www.animalsasia.org). En juillet de la même année, un accord avait
été signé entre la China Wildlife Conservation Association, la Sichuan
Provincial Forestry Department et l'AAF en vue de stopper l'élevage
d'ours pour recueillir leurs sécrétions biliaires. Selon cet accord, l'AAF
rachètera les ours des fermes d'élevage qui accepteront d'arrêter ce
commerce et récupèrera également leur licence d'exploitation. Les
autorités régionales assurent, quant à elles, qu'aucune nouvelle licence
ne sera délivrée. Tout ceci a été organisé dans l'objectif d'arrêter à
terme l'élevage cruel des ursidés pour leur bile. Les premiers ours,
majoritairement des ours à collier (Ursus
thibetanus), furent rapidement accueillis au
Moon Bear Rescue Center.
Lors de ma visite en juillet 2007, le centre possédait 180 plantigrades
dans de superbes enclos naturels. Les soins apportés aux animaux, qui
arrivent souvent au centre dans des conditions de santé très précaires,
sont très développés et exemplaires. Maintenant que le
Moon Bear Rescue Center est relativement bien implanté, et tout en
continuant l'accueil de nouveaux ours et la construction de nouveaux
enclos, la pédagogie commence à être développée. De nombreuses écoles
sont déjà accueillies régulièrement et le centre dispose d'un petit
musée à propos des ours et de leur exploitation pour la médecine
traditionnelle. Jusqu'à présent, les visites, pour les locaux, mais
aussi pour les touristes étrangers, ne se faisaient que selon un
programme établi à quelques dates précises par mois, mais il est
maintenant envisagé d'ouvrir le centre au public et d'intensifier le
nombre de visites guidées. Tout ceci est bien sûr très important dans
une logique d'approche générale du problème.
Le Moon Bear Rescue Center représente un superbe exemple d'un projet
prenant en compte le bien-être animal, mais les fonds utilisés pour la
création de ce centre et son entretien proviennent tous de l'étranger.
De plus, la majorité des employés sont également des ressortissants
étrangers. Comment aurait-il été possible d'impliquer à plus grande
échelle la Chine et ses caractéristiques ? Comment ressent la population
locale cet apport de fonds si important alors qu'une bonne partie
d'entre elle vit elle-même dans la précarité ? L'ouverture au public et
la création de liens plus forts avec les locaux pourront peut-être
permettre de répondre à ces questions.
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Conclusion
Nous voici donc arrivés
à la fin de notre périple chinois et de notre aperçu des espaces
zoologiques de ce pays. Comme nous l'avons vu, une évolution assez
importante, et surtout rapide, a été observée au cours des dernières
décennies. Beaucoup de choses restent encore à améliorer et à modifier.
Un point important est sans aucun doute l'enrichissement du milieu,
domaine encore si peu considéré en Chine. Celui-ci pourrait permettre
d'améliorer rapidement, de façon simple et à relativement faible coût,
le quotidien de nombreux animaux captifs. Il semblerait qu'une équipe de
volontaires s'est organisée récemment au
Zoo de Pékin pour
y développer des méthodes d'enrichissement. Une collaboration et une
aide des zoos occidentaux pourraient également être envisagés, comme
cela s'est fait à la fin des années 1980. Cela pourrait être fort
profitable pour les deux partis... L'avenir nous le dira !
L'éducation et la pédagogie sont aussi des domaines porteurs à
développer de toute urgence. Peut-être même encore plus que dans nos
pays occidentaux, les zoos chinois disposent d'un incroyable potentiel,
au vu du nombre de visiteurs qu'ils accueillent chaque année. La
possibilité de faire encore changer les choses et de conserver le
patrimoine encore existant en Chine, au moins partiellement, ne sont pas
à négliger non plus. Malgré la course en avant si effrénée, il est
peut-être encore temps de changer les choses... L'année 2007 a vu
l'annonce officielle de la disparition du dauphin du Yangzi Jiang (Lipotes
vexillifer), seule espèce de son genre et animal endémique à la
Chine. Espérons que les années à venir apportent, quant à elles, de
bonnes nouvelles quant au tigre de Chine et à toutes les espèces
magnifiques de ce pays, ainsi que des marques d'évolution des divers
espaces zoologiques.
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