Le sens d'une collection

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Le sens d'une collection

Messagepar okapi » Jeudi 16 Août 2018 11:28

Collection. Collectionner, faire une collection, avoir une collection, constituer un plan de collection... C'est un mot fascinant, un mot qui évoque spontanément des tableaux ou des objets précieux, mais qui trouve aussi un écho dans le petit monde des zoos. Je trouve que cela renforce encore davantage l'analogie entre zoo et musée, mais qu'est-ce que cela signifie précisément de construire ou de développer un plan de collection? Une collection, c'est le résultat d'un goût, d'un désir ou d'une passion: des notions où la raison n'a pas beaucoup d'importance... Nous évoquons ici des "plans de collection", une association de termes qui suggère un développement raisonné pour le coup! Mais, si une collection "normale" se construit à partir du hasard des découvertes, des recherches, des acquisitions et des trouvailles, une collection zoologique ne devrait rien devoir aujourd'hui au hasard. Elle devrait se définir en fonction de choix précis, d'une vision à long terme et d'une planification très claire, notamment pour des impératifs financiers. Qu'est-ce qui constitue aujourd'hui une "collection" dans un zoo? Calviac projette d'accueillir des hippopotames nains, donc de faire évoluer sa collection de façon "spectaculaire" puisque l'installation de ces animaux nécessite des équipements un peu plus complexes que ceux dont la Réserve dispose aujourd'hui. C'est un choix stratégique, pour présenter des bêtes différentes et enrichir ainsi la collection susceptibles d'augmenter l'intérêt des visiteurs: il est plus facile de "vendre" des hippopotames que des canards, aussi rares soient-ils!
Raphaël et Thibaut suggèrent de densifier la faune océanique, notamment dans des parcs urbains où une petite faune est plus facile à gérer: quel pourrait être le sens pour certains zoos de faire évoluer leur plan de collection dans cette direction? Pour les visiteurs, un wallaby ou un kangourou, c'est à peu près la même chose, quelle que soit l'espèce... Un perroquet ou une perruche supplémentaire? Quand on connaît le peu d'appétence pour les oiseaux à la fois de la part du public et des parcs eux-mêmes, ce n'est peut-être pas la meilleure idée du monde... Alors, que doit refléter un "plan de collection" aujourd'hui? Une direction précise? Une succession de nécessités cruciales? Mais surtout, la notion de "collection" a t'elle vraiment du sens dans le contexte du zoo?
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Re: Le sens d'une collection

Messagepar Thibaut » Jeudi 16 Août 2018 12:49

Sujet très intéressant, merci Okapi de l'avoir créé.

Pour moi la collection doit être réfléchi et avoir une véritable signification. Elle doit être choisit en fonction des contraintes du parc aussi. Auparavant les zoos cherchaient à empiler les espèces sans vraiment réfléchir (quoique pairi daiza a tendance à empiler les espèces aussi).

Désormais il y a davantage de réflexion, Odysée présente la faune européenne, PZP l'afrique et l'Europe, MJP asie et océanie.

Quand je parlais d'augmenter le nombres d'espèces océaniques bien sur qu'il faut que ça soit réfléchi. Mettre des wombats au PZP n'aurai aucun sens mais comme disait Raphaël elle peut trouver sa place dans les petits zoos de ville où la place manque.

Le plan de la collection doit être bien choisit et réfléchi, on peut articuler la communication, l'aménagement et la pédagogie autour.
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Re: Le sens d'une collection

Messagepar Antoine6259 » Jeudi 16 Août 2018 13:03

Je pense que la collection, au sens large, c'est ce que l'on présente.
La différence d'une collection vivante (animale ou végétale) c'est qu'elle est soumise à des contraintes supplémentaires au simple montant de l'acquisition. Les êtres vivants ont une durée de vie, et ont des conditions pour vivre. S'ajoute aussi souvent, la nécessité de concevoir avec l'existant (pas pour Calviac, mais pour Ozoir ou pour le Reynou par exemple.)
Et pour répondre à ta question, pour moi, l'initiateur d'un plan de collection n'a pas de comptes à rendre à qui que ce soit, sur les points autres que le bien-être animal.
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Re: Le sens d'une collection

Messagepar okapi » Jeudi 16 Août 2018 14:19

Il n'y a évidemment pas les mêmes contraintes, mais une collection d'oeuvres "inertes", ça s'entretient aussi! Locaux à température contrôlée, air filtré, entoilage, encadrement, papiers de protection, boîtes de conservation, indexation et numérisation, assurances...
C'est intéressant cette notion de comptes à rendre: qui choisit quoi et pourquoi? Les décisions d'un parc privé et d'un parc public sont-elles motivées par les mêmes enjeux? Qui décide en fait? Le directeur? Le conseil d'administration? La ville? Si la personne en charge du zoo de Lille décide d'accueillir des gorilles, à qui devrait-elles rendre des comptes? Et Michel Louis, il en rend à qui?
Thibaut, à ton avis, combien de parcs ont un plan de collection réfléchi? Les zoos sont-ils opportunistes ou calculateurs?
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Re: Le sens d'une collection

Messagepar Therabu » Jeudi 16 Août 2018 14:21

C'est un sujet intéressant en effet. La collection, qu'elle soit vivante ou non est la formalisation concrète d'un concept. Lorsque le concept d'un parc est clairement défini, le plan de collection est facile à construire. Jusqu'à récemment Nesles ou la VDS avaient des concepts forts dont découlait un plan de collection limpide. Au contraire, lorsque le concept est plus vaste, vague voire absent, le plan de collection devient tout de suite quelque chose de plus aléatoire variant en fonction de facteurs historiques et d’événements aléatoires tel que des saisies, des naissances, des modes ou un intérêt soudain de la direction par exemple.
Le concept de zoo généraliste est déjà assez vague même si parmi les constantes se trouve historiquement une tendance à vouloir présenter certains groupes d'animaux très attractifs tel que les grands félins, girafes, pachydermes, grands singes, ours et pinnipèdes. Désormais, de nombreux parcs se détournent plus ou moins de cette tendance afin de prendre en compte des objectifs de bien être animalier et notamment les contraintes d'espace.

Une collection, c'est le résultat d'un goût, d'un désir ou d'une passion: des notions où la raison n'a pas beaucoup d'importance...

Mais, si une collection "normale" se construit à partir du hasard des découvertes, des recherches, des acquisitions et des trouvailles, une collection zoologique ne devrait rien devoir aujourd'hui au hasard.


C'est exactement l'illustration du fossé séparant l'idéal de la réalité. Je pense également que chaque parc devrait, avant même de lancer les moindres travaux, définir des critères stricts définissant quels types d'espèces pourraient faire partie du fameux plan de collection. Je me souviens d'un document faisant office de masterplan déniché sur Internet par un fidèle du forum concernant Beauval. Un effort de formalisation avait été apporté afin de justifier la présence de toutes les espèces à Beauval en précisant pour chacune d'entre elle si l'espèce était détenue à des fins de conservation in ou ex-situ, de pédagogie, simple attractivité ou de recherche. L'ennui, comme je l'ait dit dans un autre sujet, est qu'en opérant de la sorte, on peut un peu tout justifier et les critères ne sont pas strictement formulés. Ce n'est donc pas une base pertinente afin d'effectuer un choix quelconque.

pour illustrer mon propos je vais faire un parallèle que certains jugeront peut être hors de propos et qui concerne le processus d'investissement. Toute gestion de portefeuille passe en amont par la définition d'une politique d'investissement qui encadre la gestion de portefeuille en définissant notamment les missions/objectifs, les moyens dédiés pour y parvenir et les règles/dérogations. De ce document, découle une allocation stratégique d'actif qui formalise en accord avec les limites définies dans la politique d'investissement, la meilleure manière d'atteindre les objectifs du portefeuille. On définit alors qu'il faut plutôt 50% d'obligations et pas plus de 25% d'actions par exemple dans un profil cherchant à minimiser l'exposition au risque. Dans un zoo généraliste de faible superficie, cela donnerait plutôt un seul représentant maximum pour les catégories d'animaux qui consomment beaucoup d'espace (un seul équidé, un seul grand félin, un seul grand singe), qui doit être menacé et en programme d'élevage, tout en respectant une contrainte de 5 grosses espèces au maximum pour le zoo entier.
Il s'agit encore à ce stade de définir ce qui est envisageable. Ce n'est qu'après que la sélection des actifs/espèces s'effectue et qui dans cette métaphore correspondrait au plan de collection. "Parmi les équidés présentés en captivité, l'âne de Somalie est l'espèce la plus menacée. C'est donc naturellement celle vers laquelle je vais me porter à moins que j'ai également inséré une contrainte instituant des zones géographiques auquel cas, le zèbre de Grévy, également très en danger est aussi un bon candidat et permettant de construire une zone plus complexe/pertinente autour". Il s'agit bien sûr d'un exemple bidon mais qui illustre comment ce raisonnement à tiroir permet de se poser des bonnes questions et de penser un plan de collection.
La pertinence du plan de collection dépend évidemment entièrement des critères définis en amont et de leur adéquation avec la mission assignée. Si le critère principal de choix est l'attractivité de l'animal définie selon les retours d'un sondage adressé au public, il est par exemple peu probable que l'objectif d'élevage in-situ soit totalement atteint.

Forcément, on ne gère pas une collection constituée d'animaux comme l'on gère un portefeuille, même si les danois ont quelques solutions pour améliorer la liquidité de leurs collection. :twisted: Face à ce manque de flexibilité, il faut faire la différence entre un plan de collection, qui correspond à une cible qui peut mettre du temps à atteindre en attendant par exemple la mort de certains individus ou la disponibilité d'individus d'une espèce rare, et la collection en elle-même. Enfin, c'est aussi une chose qui peut/doit varier en raison des évolutions des populations et des critères de choix.
Je crois que tous les zoos gagneraient à formaliser ce type de démarche qui conduit à remettre en question l'existant en se posant de bonnes questions. Il existe, il me semble, des outils au sein de l'EAZA afin de guider les zoos dans ce type de questionnement mais encore faut-il se les poser.
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Re: Le sens d'une collection

Messagepar okapi » Jeudi 16 Août 2018 15:27

Joli! Merci Therabu! Il ne reste plus qu'à conseiller à notre ami Kevin de bien lire tes recommandations pour réviser son plan de collection pour son futur zoo de la Vallée de la Sûre... Mais, malheureusement, il n'est pas le seul à pouvoir tirer profit de ta réflexion augmentée...
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Re: Le sens d'une collection

Messagepar Antoine6259 » Jeudi 16 Août 2018 16:10

Qu'une collection s'entretienne Okapi, c'est indéniable. Maintenant je pense que les coûts et la main d'oeuvre ne seront jamais ceux d'une collection animalière. Enfin si, celui qui collectionne les châteaux forcément, mais pour le reste pas vraiment. Tout ce que tu cites cela arrive, mais c'est tout de même anecdotique. Personnellement j'ai deux modestes collections (faïences et gravures) et j'ai appris à nettoyer et à protéger moi-même (davantage pour les gravures car les céramiques craignent assez peu les agressions), et par choix je n'achète pas de pièces à restaurer. L'indexation et la numérisation, à l'échelle d'un particulier c'est quand même réalisable. Après pour les locaux, là aussi je pense que les particuliers qui investissent dedans ne sont pas légion. D'autant plus que je pars du principe que même s'il faut faire attention, le bon sens est généralement suffisant. En Grèce je n'ai pas vu beaucoup de musées qui possédaient un arsenal pour protéger les oeuvres.

La question du qui choisit quoi et pourquoi est intéressante, mais peut-être un peu trop éloignée pour la traiter ici. Les situations étant à mon avis bien trop différentes selon les parcs, et ce, même si on ne traite que les parc public, ou au contraire les parcs privés.

Therabu a écrit:Le concept de zoo généraliste est déjà assez vague même si parmi les constantes se trouve historiquement une tendance à vouloir présenter certains groupes d'animaux très attractifs tel que les grands félins, girafes, pachydermes, grands singes, ours et pinnipèdes. Désormais, de nombreux parcs se détournent plus ou moins de cette tendance afin de prendre en compte des objectifs de bien être animalier et notamment les contraintes d'espace.

Je ne sais pas s'ils s'en détournent vraiment. Je pense que c'est plutôt ce que tu décris après : On passe à une collection qui ne donne plus une image de collectionnite. Le meilleur exemple est Vincennes, qui dans le passé présentait un grand nombre d'espèces de chaque famille. Les familles sont pour la plupart toujours représentées, mais avec un nombre d'espèces beaucoup plus restreint.

Therabu a écrit:C'est exactement l'illustration du fossé séparant l'idéal de la réalité. Je pense également que chaque parc devrait, avant même de lancer les moindres travaux, définir des critères stricts définissant quels types d'espèces pourraient faire partie du fameux plan de collection. Je me souviens d'un document faisant office de masterplan déniché sur Internet par un fidèle du forum concernant Beauval. Un effort de formalisation avait été apporté afin de justifier la présence de toutes les espèces à Beauval en précisant pour chacune d'entre elle si l'espèce était détenue à des fins de conservation in ou ex-situ, de pédagogie, simple attractivité ou de recherche. L'ennui, comme je l'ait dit dans un autre sujet, est qu'en opérant de la sorte, on peut un peu tout justifier et les critères ne sont pas strictement formulés. Ce n'est donc pas une base pertinente afin d'effectuer un choix quelconque.

Exactement, d'autant plus qu'entre le papier (ou plutôt le pdf !) et la réalité, des changements interviennent souvent, et eux pour le coup ne sont pas toujours justifiés.
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Re: Le sens d'une collection

Messagepar Thibaut » Jeudi 16 Août 2018 16:11

Thibaut, à ton avis, combien de parcs ont un plan de collection réfléchi? Les zoos sont-ils opportunistes ou calculateurs?


Il y en a très peu pour moi. C'est avis mais il ne représente absolument pas la réalité.

Je pense également que chaque parc devrait, avant même de lancer les moindres travaux, définir des critères stricts définissant quels types d'espèces pourraient faire partie du fameux plan de collection.

J'aime beaucoup la façon dont l'Ecoparc communique sur Facebook le choix de ses futures espèces. Au moins il y a une réflexion.
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Re: Le sens d'une collection

Messagepar Molinae » Jeudi 16 Août 2018 17:52

N'est-elle pas aussi ou surtout une question d'opportunité et/ou de disponibilités ?

Ce qui induit des changements au cours des années, voire même à la base du masterplan. Souvent un parc va parler de sa nouveauté en restant assez large dans sa thématique. On va parler de plaine africaine, de volière sud-américaine etc.
Ce qui permet de s'adapter en fonction de l'obtention des animaux. On a les "basiques" qu'il est facile d'avoir et on ajoute au fur et à mesure pour le reste.
Il y a aussi, les imprévus, les échecs, la mortalité d'une espèce etc. Et comme il n'est pas question d'espaces vides, il faudra combler.
On sait bien qu'il n'est pas chose aisée d'obtenir certaines espèces en temps et en heure. La collection évolue de ces faits.

Maintenant, adapter sa collection en fonction du foncier est pour moi une évidence. Pas question d'exposer un pachyderme sur 3000 m² même si certains le font. Juste une question d'éthique mais elle ne tient qu'à moi.
Une question d'argent aussi. Certaines espèces coûtent bien plus chères à maintenir que beaucoup d'autres (nourriture, structures, enclos ...).
C'est aussi un pari. Je mise sur cette espèce en espérant qu'elle fasse exploser les entrées.

Rien n'est figé en fait.
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Re: Le sens d'une collection

Messagepar okapi » Vendredi 17 Août 2018 10:39

Paradoxalement, je crois que si justement, tout est figé! C'est la frilosité qui fige les intentions et les possibilités: offrez à un zoo le choix entre des girafes et des mustélidés rares, je pense que nous connaissons tous la réponse, y compris si le parc ne dispose pas de dix hectares pour accueillir des girafes!
Les zoos remplissent avant tout des cases stratégiques et ils sont bien davantage à l'affût de nouveautés profitables que de véritable évolution de leur supposé plan de collection. Regardez la manière dont La Teste évolue: on a vraiment l'impression d'un invité avide qui se goinfre à un buffet en attrapant tout ce qu'il est possible d'empiler sur son assiette. Qui peut déceler la cohérence d'un plan de collection derrière un tel comportement? Définir un plan de collection, en tracer les grands axes, c'est un plaisir de riche, un travail qui s'effectue en amont quand tout est possible parce qu'il y a de l'argent pour le réaliser. Je pense que dans le principe même de plan de collection, il y a vision et anticipation. Un plan de collection doit-il, ou peut-il, être rigoureux? Pour moi, Jersey, Doué ou Calviac sont davantage d'improbables assemblages que de véritables "plans de collection". Cela n'enlève rien à leurs mérites respectifs, mais la seule cohérence lisible, c'est de choisir des espèces menacées, avec une nette préférence pour les mammifères et les oiseaux, même si Jersey s'implique beaucoup dans des programmes de conservation pour un certain nombre d'espèces de reptiles. Un plan de collection, terme un poil ronflant, peut-il se limiter à cela: faire le choix de ne pas en faire? Toute espèce menacée est bonne à prendre, cela définit un champ des possibles quasi illimités, mais est-ce vraiment un "plan de collection"? Durrell choisissait les espèces en fonction de leur situation au bord du gouffre de l'extinction: il s'endettait, parfois lourdement, et bâtissait un protocole d'élevage pour des hokis, un obscur boa ou des gorilles... Il n'accrochait pas vraiment des trophées à son tableau de collectionneur, mais raisonnait en termes d'urgences, d'où, probablement, le côté baroque de la collection. Combien de zoos font-ils de même aujourd'hui? Combien de parcs font-ils le choix de construire trois, cinq ou dix volières identiques pour y installer autant de couples d'une vilaine petite bestiole grise ou brune, sans intérêt pour le visiteur, mais cruciale pour la survie d'un écosystème ou d'investir dans une série de terrariums pour y "sauver" des grenouilles, des serpents ou des tortues?
Combien de parcs planifient-ls autre chose qu'une énième plaine africaine, un nouvel enclos pour une espèce spectaculaire ou définissent-ils leurs nouveautés en fonction d'un principe d'attractivité plutôt que d'un quelconque intérêt conservatoire?
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Re: Le sens d'une collection

Messagepar Vinch » Vendredi 17 Août 2018 13:38

Thibaut a écrit:J'aime beaucoup la façon dont l'Ecoparc communique sur Facebook le choix de ses futures espèces. Au moins il y a une réflexion.

Ecoparc, maintenant Ecozonia. Voici leur plan de collection prévisionnel (source: page facebook d'Ecozonia. https://www.facebook.com/ecozonia66/pho ... =3&theater )
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Re: Le sens d'une collection

Messagepar Therabu » Vendredi 17 Août 2018 13:48

Molinae a écrit:N'est-elle pas aussi ou surtout une question d'opportunité et/ou de disponibilités ?

Ce qui permet de s'adapter en fonction de l'obtention des animaux. On a les "basiques" qu'il est facile d'avoir et on ajoute au fur et à mesure pour le reste.
Et comme il n'est pas question d'espaces vides, il faudra combler.


C'est justement pour éviter ce genre de pilotage à vue qui manque forcément de cohérence dans sa globalité que l'on essaye de construire un plan de collection. On ne peut qu'avoir un résultat bricolé de la sorte.
Alors en effet, il est impossible de prévoir la disponibilité des animaux, qui plus est lorsque l'on se projette dans une dizaine d'années voire plus. Toutefois on peut essayer de réduire cet aléa, en construisant des infrastructures versatiles et adaptées en coulisses afin de pouvoir saisir les opportunités qui se présentent sans devoir "combler" lorsque l'on a plus besoin de cet espace. C'est difficilement imaginable pour des troupeaux d'éléphants et de girafes mais pour les reptiles et oiseaux, cela se fait très bien.

Quels sont d'après vous les zoos qui semblent le mieux planifier et maîtriser l'évolution d'une collection cohérente ? Chester me paraît anticiper ses développements futurs et fait évoluer lentement sa collection sans mouvements irrationnels. A l'inverse, Pairi Daiza qui semblait se diriger dans une direction bien définie me paraît faire des choix moins muris en partie lié à l'hyperactivité en terme de nouveautés.
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Re: Le sens d'une collection

Messagepar okapi » Vendredi 17 Août 2018 14:51

Ce "bricolage" me paraît être la règle... Quel zoo français a vraiment un plan de collection cohérent? Et en fonction de quelle cohérence? Je n'aime vraiment pas cette idée de fond de sauce basique que l'on pimente avec quelques bons morceaux... Même si, évidemment, la plupart de nos parcs fonctionnent ainsi. Quel est celui qui a décidé, ou va le faire, de consacrer du jour au lendemain ses efforts et ses moyens à un domaine conservatoire précis? De se lancer dans un véritable élevage d'une dizaine, d'une quinzaine ou d'une centaine d'espèces en danger critique d'extinction ou très menacées mais dont personne ne veut? Quand on lit Durrell, on comprend à quel point cet homme s'engageait dans des missions de sauvegarde "à vue", sans préjugés ni idées préconçues comme, par exemple, à quel point ces lézards inconnus, mais en grand danger, seraient peu appréciés par ses visiteurs. Ses livres contribuaient bien sûr à faire comprendre et aimer ce qui faisait l'essence de son existence et il avait une manière éblouissante de rendre charmantes les plus obscures créatures, jusqu'à donner envie à ses lecteurs de venir les découvrir à Jersey. Les temps ont changé et il n'y a pas d'écrivain zoologue chez nos directeurs actuels, mais il n'y a plus non plus de vrais défricheurs comme Durrell l'était et c'est sans doute ce qui manque le plus...
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Re: Le sens d'une collection

Messagepar abel » Vendredi 17 Août 2018 18:08

okapi a écrit:Pour moi, Jersey, Doué ou Calviac sont davantage d'improbables assemblages que de véritables "plans de collection". Cela n'enlève rien à leurs mérites respectifs, mais la seule cohérence lisible, c'est de choisir des espèces menacées, avec une nette préférence pour les mammifères et les oiseaux, même si Jersey s'implique beaucoup dans des programmes de conservation pour un certain nombre d'espèces de reptiles.


Juste à ce propos, j'avais beaucoup aimé le plan de collection du zoo de Bristol en raison de sa diversité. Toutes les installations n'étaient pas super, mais la collection était très réfléchie. Comme les parcs que tu cites, Bristol donne la priorité aux espèces menacées (et présente un certain nombre de raretés), mais avec aussi, en plus des mammifères et des oiseaux, des collections importantes de reptiles, d'amphibiens, de poissons, d'insectes, de gastéropodes... Le "Bug World" notamment était vraiment très intéressant, et Bristol se distingue par la présence de plusieurs élevages conservatoires pour ces toutes petites espèces parfois très menacées (araignées-loups de Deserta Grande, phasmes de l'île Lord Howe, escargots de Partula, écrevisses à pattes blanches, grenouilles lémurs arboricoles, et sûrement quelques autres que j'oublie). Avec la création du Wild Place Project en périphérie de la ville par la Bristol Zoological Society, il y a aussi une tendance à se séparer des grosses espèces qui ne peuvent être correctement logées sur la surface réduite du Bristol Zoo Gardens (5 ha seulement).
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Re: Le sens d'une collection

Messagepar okapi » Vendredi 17 Août 2018 21:53

En fait, ce qui manque, ce sont des visionnaires. Qui aujourd'hui en France se réveille un matin en décidant de fonder un élevage conservatoire inédit? Qui, comme l'a sans doute éprouvé Durrell, n'a pas d'autre idée en tête, jour après jour, que de tenter de sauver le plus d'espèces possibles en les acclimatant pour les élever et les réintroduire lorsqu'il s'agit de petits animaux? Pourquoi Durrell n'a t-il jamais imaginé un faux bayou rempli d'alligators? Ou un chapiteau trop petit au-dessus d'une piscine trop étroite pour héberger une espèce grégaire qui n'y trouvera jamais assez d'espace pour y vivre en troupeau?
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