Paul de La Panouse, comte animalier

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Paul de La Panouse, comte animalier

Messagepar Philippe » Lundi 01 Avril 2019 17:11

Ardent défenseur des animaux, le comte Paul de la Panouse est à l'origine du parc animalier de Thoiry (Yvelines), véritable théâtre de la nature.

Âgé de 75 ans, le comte de la Panouse, Paul, ne s’occupe plus directement du parc animalier situé à Thoiry (Yvelines) mais habite toujours le château, formidable bâtisse construite en 1 559. Un lieu magique et mystique dont il connaît désormais tous les secrets, même les mieux gardés.
L’endroit est, il est vrai, remarquable. Sa construction repose sur le nombre d’or et la géométrie sacrée. Le résultat est à l’image du mystère : au solstice d’été et au solstice d’hiver, le soleil se lève et se couche à travers le vestibule. Le phénomène est alors remarquable : le château devient le pivot d’un calendrier solaire dont l’horizon est le cadran et les aiguilles les axes de transparence des fenêtres. De quoi exciter les curieux de tout poil. Ils se retrouvent chaque année ici pour des cérémonies privées empruntes de rituels pour le moins sacré…

400 000 pages d’archives

Catholique de tradition, le comte tient tous ces personnages énigmatiques en haute estime. Lui-même n’est pas franc-maçon mais il partage les valeurs de la confrérie humaniste. « Le château offre un outil aux personnes qui souhaitent être en harmonie avec les proportions et les forces fondamentales de la nature. Cela peut être une quête personnelle ou bien le fait de s’appuyer sur les traditions des compagnons, des francs-maçons ou des druides. Tout cela dans un seul but, le contrôle de la beauté. Cela n’a rien de magique. »

Le mystère plane néanmoins sur l’une des deux bâtisses familiales du comte. Un mystère aujourd’hui dévoilé par ce passionné de théologie à force de recherches à travers 400.000 pages d’archives !

La réserve africaine

À Thoiry tout se tient, tout est lié. Des siècles de tradition quasi monarchique mais également révolutionnaire – la famille est vaste et variée – ont fait du domaine ce qu’il est aujourd’hui. Un fantastique patrimoine tardivement classé au patrimoine des monuments historiques car le bâtiment se fait vieux. Il faut bien l’entretenir. D’où l’ouverture au public au début des années 60 pour couvrir les menus frais. « En ouvrant le château au public, nous lui avons donné une fonction sociale. » Mais les visiteurs se sont faits rares. « J’ai créé la réserve africaine comme un rêve de la fin du XXe siècle. Il n’y avait pas assez de visiteurs, les revenus des fermes ne suffisaient plus, il fallait trouver une solution : c’était soit le parc d’attractions, soit les animaux. »

« Seul Jean Richard nous a aidés »


Le comte de La Panouse a finalement fait les deux en créant, sur les 400 ha de terrain à disposition, le premier safari zoo de France. Il met « les animaux en liberté et les visiteurs en cage ». L’idée, il en est persuadé, était dans l’air du temps. S’il ne l’avait exploitée, d’autres l’auraient fait à sa place, ailleurs. Mais que ce fut dur. « Nous avions tout le monde contre nous, seul Jean Richard, qui avait la Mer de sable, nous a aidés. »

Nous sommes en mai 1968, le 12 mai, et le concept, bientôt soutenu par les syndicalistes de la CGT pour alimenter le parc en essence, fait aussitôt un tabac. Un succès qui se s’est jamais, ou presque, démenti. Le parc a, il est vrai, su se renouveler en collant à l’air du temps sans jamais faire n’importe quoi. Cette année par exemple, des lanternes chinoises se sont implantés avec succès durant la saison hivernale. Là encore un succès : 100 000 visiteurs sont venus apprécier le spectacle. Il sera reconduit l’an prochain. « Nous avons depuis l’ouverture accueilli 23 millions de visiteurs et surtout poursuivi l’œuvre d’une famille qui essaie de s’adapter à chaque génération. En montant à bord, les animaux sauvages ont sauvé les châteaux. Nous, nous nous sommes ouverts sur la faune de tous les continents. »

« Il y a une éthique »


Ce rêve animalier regroupant pour la première fois de nombreuses espèces africaines au même endroit en Europe n’est pas non plus venu par hasard. « Je suis né à la campagne. J’ai appris à traire une vache à 7 ans… » Une passion du terroir et de la ferme désormais au service des animaux du monde entier. Rapidement, 800 à 1.000 grosses bêtes et des centaines de plus petites trouvent à Thoiry un lieu pour vivre en paix dans un milieu préservé. Pour le public, c’est un lieu unique, le seul à posséder en France un tunnel de verre à demi enterré pour admirer les lions ! Le tout sous le contrôle de la plate-forme ESA (épidémiosurveillance en santé animale), la structure européenne responsable de 370 programmes de protections des animaux. « Il y a une éthique. On ne fait pas n’importe quoi, et surtout pas du cirque. Dans les parcs animaliers affiliés, nous ne pouvons présenter au public que des activités liées au nourrissage ou au médical training. »

Ainsi, le parc a dû faire stériliser ses pandas roux, devenus une menace pour l’espèce car trop fertiles ou bien a dû se séparer de son dragon de Komodo, qui avait pourtant longtemps fait sensation. « Le climat était trop sec. Nous aurions aussi pu avoir les pandas de Beauval mais ma fille n’a pas voulu car il fallait les louer. Elle n’a pas voulu non plus des tigres blancs, qui n’existent pas dans la nature. »

L’éthique au cœur du concept, c’est aussi cela la tradition de la famille.

Nouvelle génération


Aujourd’hui, alors que le parc de Thoiry a des ramifications multiples, avec notamment un projet de parc animalier en Côte d’Ivoire, la gestion d’un parc à Porto et participe au développement de plusieurs parcs en France, une nouvelle génération a pris les commandes du domaine et des affaires familiales.

Edmond, le fils, et Colomba, la fille, s’impliquent totalement. Ainsi, Colomba a développé l’arche des petites bêtes, un espace pour les invertébrés batraciens en difficulté très apprécié des enfants. Elle a aussi monté une usine de méthanisation. Celle-ci permet aujourd’hui d’alimenter en gaz de ville huit villages et une partie de la ville de Plaisir. Récemment encore, 250 tonnes de fumiers en provenance du salon de l’agriculture sont arrivées sur site pour alimenter le réseau gaz de ville. « Nos deux enfants reprennent nos objectifs avec le langage de leur génération, se réjouit le comte de la Panouse. L’objectif est de doubler la production d’ici trois ans. »

Toujours implanté au sommet de la colline, le château de Thoiry (Yvelines) reste aujourd’hui un temple unique dédié au soleil, à l’homme mais aussi aux animaux du monde entier et de plus en plus à l’écologie.

Image
Paul de La Panouse et son fils Edmond sur le parvis du château.
Source : 78Actu.
A cette époque, Jean Richard possédait également son propre zoo dans sa propriété d'Ermenonville.
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Re: Paul de La Panouse, comte animalier

Messagepar JulesDomalain » Lundi 01 Avril 2019 18:41

Merci Philippe pour cet article très intéressant !

Ce passage est particulièrement intéressant :

Ainsi, le parc a dû faire stériliser ses pandas roux, devenus une menace pour l’espèce car trop fertiles ou bien a dû se séparer de son dragon de Komodo, qui avait pourtant longtemps fait sensation. « Le climat était trop sec. Nous aurions aussi pu avoir les pandas de Beauval mais ma fille n’a pas voulu car il fallait les louer. Elle n’a pas voulu non plus des tigres blancs, qui n’existent pas dans la nature.


Outre la tournure de phrase un peu maladroite pour les pandas roux (menace pour l'espèce :? ), on peut noter que le dernier dragon est donc partis sur recommandation de l'EEP, et non mort. A priori, alors que je pense, beaucoup ici sont convaincus du bienfondé de présenter de tels reptiles en extérieur (moi y compris), c'est ça qui aurait posé problème? Car trop sec, ça doit être pour l'extérieur, l'hygrométrie étant facilement ajustable en intérieur (et donc en serre, comme à Biotropica, ou bientôt à Beauval).

Par contre, il affirme qu'ils auraient pu avoir les pandas si ils y avaient mis le prix!! Qu'en pensez vous? Simple annonce, ou diplomatiquement, Thoiry aurait pu passer avant Beauval?
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Re: Paul de La Panouse, comte animalier

Messagepar GPN » Lundi 01 Avril 2019 19:31

Effectivement Thoiry a de très bonnes relations avec les Chine. Ils y avaient envoyés leurs fauves hybrides lion/tigre. L'histoire ne dit pas vraiment si ça ne s'est pas fait suite à une histoire de coût ou par conviction que les pandas ne servent à rien...
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Re: Paul de La Panouse, comte animalier

Messagepar snockot » Lundi 01 Avril 2019 19:42

Etrange cet histoire de dragons, car lors d'une discussion avec un soigneur l'année dernière, il m'avait dit que les deux étaient morts dans l'hiver...
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Re: Paul de La Panouse, comte animalier

Messagepar gibbon » Lundi 01 Avril 2019 20:32

GPN a écrit:Effectivement Thoiry a de très bonnes relations avec les Chine. Ils y avaient envoyés leurs fauves hybrides lion/tigre.

Tout à fait. Voici la page sur laquelle j'en avais parlé en partageant une vidéo : viewtopic.php?f=21&t=4652&start=45
« Les oiseaux ne descendent pas des dinosaures, ce sont des dinosaures à proprement parler. » (Guillaume Lecointre)
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Re: Paul de La Panouse, comte animalier

Messagepar Philippe » Vendredi 26 Avril 2019 11:02

Patrimoine dans les Yvelines : règne animal à Thoiry

Le zoo est plus connu que son château, qui lui est pourtant intimement lié. Paul de La Panouse, son propriétaire, raconte l’histoire de ce lieu et de son parc animalier dans un livre qui vient de paraître. Passionnant.


Ils viennent voir les lions, les éléphants, les singes et les girafes, dans ce petit village des Yvelines, joli coin de campagne dominant au loin la plaine de Versailles. Avec ses 23 millions de visiteurs accueillis en cinquante ans - 450.000 l’an dernier - on ne présente plus Thoiry, un des plus célèbres parcs zoologiques de France. Mais rares sont ceux qui bifurquent à gauche, en suivant le panneau « château », à l’entrée du domaine. Pourtant, au bout du chemin bordé de buis, se cache une incroyable demeure Renaissance. Un témoin de l’histoire, construit en 1559, et habité par la même famille depuis treize générations. Ne vous fiez pas à son son allure classique. Il recèle des trésors d’ingéniosité et rien, dans sa construction, n’a été laissé au hasard par son architecte, le célèbre Philibert de l’Orme.

Édifié en suivant les proportions du nombre d’or, son architecture est en harmonie avec les cycles solaires. Ainsi, à chaque solstice, été et hiver, le soleil se lève et se couche pile dans l’encadrement des fenêtres, en plein centre de la façade. Un moment rare. Mais pas besoin d’être matheux pour apprécier l’esthétique du château. La visite, qui comprend toutes les pièces du rez-de-chaussée, donne le sentiment de pénétrer dans la vie intime d’une famille d’aristocrates.

Tapisseries, tableaux, mobilier, tout est dans son jus. On s’attend à voir surgir à tout moment une comtesse du XVIIIe siècle, tout en perruque, chapeau, longue robe de soie et dentelle. Les pièces, majestueuses, se découvrent dans une très belle enfilade, inondée de soleil aux beaux jours.

Dans des cadres dorés, suspendus aux murs, les anciens habitants de la bâtisse regardent défiler les visiteurs. Il y a Angélique et Charles de Machault. « Ils s’aimèrent pendant quarante ans à la veille de la Révolution et s’échangèrent plus de 1 500 lettres d’amour en s’appelant « Mon petit chat » », raconte le comte Paul de La Panouse, actuel propriétaire et créateur du parc animalier.

Les meubles, aussi, ont des choses à raconter. Sur le piano du grand salon, Chopin donna des leçons à une jeune élève. Une valse écrite de sa main figure encore dans les archives du château, tout comme des lettres de madame de Pompadour, Louis XIV ou Louis XV. Dans le salon, on imagine Angélique de Marescot, une ancienne propriétaire, assise devant l’exceptionnel clavecin peint, qui a conservé ses cordes et son mécanisme d’origine. Une pièce rarissime.

Classé jardin remarquable, le parc offre de jolies promenades à qui aime les beaux arbres. Le doyen ? Un chêne, âgé de 500 ans, qui trône fièrement au milieu de la réserve africaine.

Pour préserver un tel domaine, inscrit à l’inventaire des Monuments historiques, il faut des moyens. « Tous les ans, mes parents étaient obligés de vendre des terrains pour l’entretien du château », raconte Paul de La Panouse. En 1965, il a une idée. Originale. Folle. « J’ai compris que le château seul n’attirerait pas le public, raconte-t-il. J’ai pensé à un zoo. Parce qu’on avait la place et les animaux ne seraient jamais démodés. Et puis, ils pouvaient vivre en harmonie avec nos magnifiques arbres. »

Le jeune homme, alors âgé de 21 ans, parvient à convaincre ses parents. Fait des stages et se forme. Il trouve ses premiers hôtes : un éléphant qui boite, réformé d’un cirque, et une chèvre. Arrivent bientôt une douzaine d’ours. La réserve africaine ouvre en 1968. La grande aventure de Thoiry vient de démarrer.


On découvre… plus de 750 animaux sauvages

On roule au pas et un zèbre traverse devant nous. Puis c’est une autruche qui s’approche du véhicule pour voir si on ne lui donnerait pas quelque chose à grignoter. Au zoo de Thoiry, le dépaysement est total. Dans la partie safari, les animaux sauvages vivent en liberté. Depuis la voiture, sur 8 km de route, on observe hippopotames, rhinocéros, antilopes et zébus d’un côté, ours et loups de l’autre.

La visite du zoo, plus classique, se fait à pied. On se promène de passerelle en passerelle pour apercevoir guépards et panthères. Envie de voir les lions ? Direction le tunnel de verre, pour être au plus près d’eux. Singes, serpents, amphibiens, oiseaux complètent le tableau. Au total, ce sont plus de 750 animaux - 80 espèces différentes - qui cohabitent ici, sur 150 ha.

En cinquante ans d’existence, les anecdotes sur les pensionnaires du parc sont nombreuses. Au village, tout le monde se souvient des singes, qui s’échappaient de leur enclos et allaient visiter les maisons pour chaparder allègrement. Plus triste, le zoo a fait l’actualité en mars 2017, quand Vince, un rhinocéros blanc a été tué en pleine nuit par des braconniers qui ont emporté une de ses cornes.


Paul de La Panouse, châtelain et patron de zoo

De l’audace et un brin de folie. Il fallait tout ça à Paul de La Panouse pour créer son zoo et la première réserve africaine de France, afin de sauver le château familial, il y a 51 ans. Il n’y connaissait rien mais s’est pris de passion pour les animaux sauvages. Tellement, qu’il y a consacré sa vie et a ouvert d’autres parcs à Peaugres (Ardèche) et Sigean (Aude).

À Thoiry, il connaît presque tous les animaux. Et les aime tous, même s’il reconnaît un petit faible pour les éléphants. Pas rancunier, parce qu’en 1976, c’est l’un d’eux qui l’a chargé et piétiné, dans la réserve africaine, lors d’une séance photo avec des journalistes. Pour que son parc vive, il foisonne d’idées et imagine sans cesse des nouvelles attractions : un tunnel de verre et une tyrolienne au dessus dans l’enclos des lions, un camion-brousse. Il a aussi réquisitionné la terre du chantier de l’A86 pour aménager des collines dans son parc et recréer le milieu naturel des animaux du grand nord.

Pourtant, rien ne prédestinait ce fils d’une grande famille aristocrate à cette vie. Descendant « par la main gauche de Louis XV, par la main droite des Valois », comme il se définit lui-même, le comte a grandi au château et l’habite aujourd’hui avec sa femme. Il en connaît les moindres recoins et dès qu’il le peut, c’est lui qui sert de guide aux visiteurs. Et même s’il a passé la main à ses deux enfants, Colomba et Edmond, pour la gestion du zoo, il continue à en arpenter les allées, plusieurs fois par semaine
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Source : Le Parisien.
Philippe
 
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