Faut-il bannir les parcs animaliers?

Re: Faut-il bannir les parcs animaliers?

Messagepar Philippe » Lundi 17 Juin 2019 6:45

Les ours polaires ont-ils leur place dans un zoo ? Ou la problématique de la captivité des animaux sauvages

La carte blanche de DierAnimal sur le site du Vif avait vivement lancé la polémique, suite au projet du parc Pairi Daiza d'accueillir des ours polaires : ces animaux, habitués aux grands froids et aux grands espaces, ont-ils leur place dans un zoo ? Pour plusieurs associations belges de défense du bien-être animal, la réponse est claire, c’est non.

Ces associations ont d’ailleurs organisé un happening ce dimanche 16 juin 2019 le long de la route qui mène vers Pairi Daiza, pour interpeller le visiteur rejoignant le parc animalier. Selon la vice-présidente d’Animaux en Péril, ils étaient entre 150 et 200 personnes, arborant banderoles, panneaux, et pour certains, déguisements d’ours blancs.

La RTBF a donné la parole aux deux parties dans cette polémique, chacun développant ses arguments de son côté, défenseurs du bien-être animal et représentants du parc ne s’étant pas croisés en ce jour de protestations. Si la rencontre physique de ces deux protagonistes n’a pas eu lieu, leurs argumentations, par contre, font un chassé-croisé dans les prochaines lignes de cet article, afin d’éclairer au mieux sur cette problématique qui s’étend bien au-delà du territoire belge.

Des animaux peu adaptés à nos latitudes ?

Au-delà du statut un peu spécial de l’ours blanc, espèce qui nécessite des conditions très particulières et éloignées de celles que l’on peut trouver en nos régions tempérées, la question de la mise en captivité d’espèces sauvages fait l’objet de nombreuses réflexions, et études scientifiques.

Dès l’Antiquité, l’humain a possédé, collectionné, arboré des animaux sauvages. D’abord réservées aux élites, ces collections devinrent accessibles aux classes les plus populaires, et les zoos remplissaient alors surtout une fonction d’amusement et de "galeries" d’espèces animales. Avec la prise de conscience environnementale, et la démonstration de l’importance de la biodiversité dans le maintien des équilibres écosystémiques, les parcs zoologiques endossent alors la fonction de protection d’espèces vulnérables et de sensibilisation du grand public. Ces dernières années, ce rôle de protection est de plus en plus souvent remis en question, les associations de bien-être animal, et certains scientifiques, dénonçant les conditions de captivité des animaux.

" L’ours polaire est un peu une matérialisation du problème de la captivité des animaux sauvages dans les zoos, argumente Sophie Locatelli, vice-présidente d’Animaux en péril. L’ours polaire n’a rien à faire sous nos latitudes, les températures sont excessives et rien ne pourrait lui procurer du bien-être, en tout cas assez pour qu’il puisse vivre heureux toute sa vie. Au-dessus de 10°C, un ours est en hyperthermie, c’est vraiment un moment où il souffre. "

En réponse à cette inquiétude, Jean-Jacques Cloquet, CEO de Pairi Daiza, détaille les conditions dans lesquelles se réalise l’accueil des ours polaires. " Nous répondons à une demande très forte de conseils internationaux qui souhaitent que les zoos accueillent les ours polaires. [Cette demande concerne] des individus qui sont nés parmi les humains ou qui sont orphelins, donc il n’y a pas trop de possibilités pour eux. On sait très bien que leur champ de survie est très limité dans la nature, donc il y a une demande [pour les accueillir] et l’on répond à cette demande."
Dans sa réponse à la carte blanche de DierAnimal, le parc rappelle d’ailleurs ses collaborations avec des organismes et experts internationaux, et la position favorable de la "Polar Bears International" envers le rôle des zoos dans le sauvetage des ours blancs.

" Concernant les conditions météo, ça paraît surprenant. Mais il faut savoir que les conditions de confort maximum d’un ours c’est 20°C, comme la vache, et pour l’humain, c’est 23°C. Et évidemment, en cas de canicule, il y aura des installations adaptées. "

Des problèmes comportementaux

Sophie Locatelli développe un autre argument, celui du contact quasi-permanent avec le public. " Sur la banquise, les ours polaires sont au calme, donc s’ils sont mis sous cloche avec de la musique, des gens qui vont crier, et certainement taper sur les vitres, évidemment ça va aussi les stresser. On voit ça par exemple dans d’autres zoos, chez les ours polaires mais aussi d’autres espèces, qui développent des stéréotypies, des gestes répétitifs afin d’évacuer une frustration, un stress. "

Jean-Jacques Cloquet nous l’assure, tout sera mis en place pour que le bien-être des ours blancs, qui pourront s’isoler, à tout moment, de la foule humaine s’ils le souhaitent.

Dans des propos recueillis par nos confrères du Soir, Thierry Hance, biologiste de l’UCLouvain se range plutôt du côté des défenseurs des droits des animaux concernant les conditions de captivité, affirmant que même avec de grands espaces et étant nés en captivité, ces animaux développent des troubles comportementaux illustrant leur mal-être. Il dénonce une domestication à but uniquement récréatif et lucratif.

La stéréotypie, le fait de réaliser des mouvements répétitifs, vient de l’impossibilité de l’animal de réaliser un comportement donné dans un environnement trop pauvre en stimuli. Typiquement, les prédateurs sont fort sensibles, car leur instinct de prédation est tout simplement impossible à "assouvir" en captivité. Le problème est bien connu et largement documenté, et de nombreuses études se penchent sur la recherche de solutions pour impacter le moins possible la santé psychologique des animaux captifs. De même, le lien entre ces comportements stéréotypés et le mal-être de l’animal n’est pas encore clairement défini.

Le problème est que, ces ours polaires étant nés en captivité, ils ne peuvent être relâchés dans leur milieu naturel, faute d’avoir acquis l’instinct et les comportements nécessaires. S’ils ne peuvent être réintroduits, quel rôle joue alors Pairi Daiza dans la préservation de l’espèce ?
Etudier l’espèce, afin de mieux la comprendre et aider à sa préservation dans son milieu naturel, précise le CEO du parc. Car, dans leur rôle de protection des espèces animales, les zoos sont récemment passés du paradigme de "l’Arche de Noé" à une approche plus intégrée et en lien avec la restauration des milieux naturels. Avec, parfois, quelques incompréhensions du public face à un pragmatisme scientifique peu soucieux de la vie, en témoignent ces girafes euthanasiées car ne possédant pas un patrimoine génétique intéressant pour développer les populations, dans des zoos danois en 2014. Ce changement de paradigme trouve son origine dans l’observation que les réintroductions d’espèces nées en captivité avaient moins de succès que prévu, vu la complexité de la démarche, qui varie selon l’espèce concernée.

Sensibiliser le grand public

Enfin, un argument qui revient souvent du côté des parcs zoologiques, c’est l’impact de sensibilisation auprès du grand public, fasciné par la vue d’animaux sauvages et exotiques, tout spécialement en ces temps de crises climatique et de biodiversité. " Ce sont des ambassadeurs, et on va vraiment développer un programme de sensibilisation des visiteurs, notamment sur le réchauffement climatique. Tout ça nous permettra d’avoir un message fort et de participer à des programmes de réinsertion des animaux. La fondation a investi, ces deux dernières années, trois millions d’euros par mois, pour par exemple les Ara de Spyx. On va donc leur permettre de se reproduire ici, puis d’être réintroduits. "

" Je ne crois pas à cet argument de la sensibilisation, balaie la vice-présidente d’Animaux en Péril. Déjà, accueillir ces ours polaires va demander énormément d’énergie, alors que l’espèce est menacée par la fonte de la banquise […]. C’est le serpent qui se mord la queue. Ensuite est-ce que les gens ont vraiment besoin de voir des animaux pour les protéger ? ", évoquant l’exemple des baleines bleues. " C’est un argument tout à fait ridicule, on peut préserver les espèces sur leurs territoires sans devoir les enfermer sous nos latitudes. C’est le zoo en général qu’il faut abolir. On ne peut pas sauvegarder des animaux en les gardant dans des cages. "

Afin de mieux évaluer le "potentiel de sensibilisation" de ces lieux où la nature peut être tranquillement observée par l’humain, un rapport publié par la WAZA (World association of Zoos and Aquarium) en 2014 a évalué la compréhension du principe de biodiversité, et l’identification d’actions la favorisant, auprès de 6.000 visiteurs dans trente zoos et aquariums sur toute la planète.
Après leur visite, les répondants ont significativement développé ces "compétences", montrant par là l’intérêt pédagogique de tels lieux. Cependant, comme l’analyse le professeur émérite d’écologie et de biologie évolutive Marc Bekoff, ce que ces gens ont appris aura eu certainement peu d’impact "pratique", le rapport précisant que les visiteurs n’ont pas spécialement mieux compris l’interdépendance des espèces entre elles, l’importance de la biodiversité génétique ou encore l’importance de préserver cette biodiversité. Les visiteurs ont appris des choses, oui, mais pas suffisamment pour réellement changer les mentalités.

Pas de consensus

Au sein de la communauté scientifique, les avis sont en tout cas partagés sur la nécessité des parcs animaliers, dans une époque où de nombreuses zones naturelles sont détruites et ne peuvent être protégées, ainsi que leurs communautés animales et végétales. Comme à peu près dans toutes les problématiques, la solution ne se trouve pas dans les extrêmes mais dans un mélange de pragmatisme réaliste (un monde où l’économie l’emporte sur l’environnement) et d’idéaux à défendre fermement, au nom du bien-être animal.
Source : RTBF.
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Re: Faut-il bannir les parcs animaliers?

Messagepar Thibaut » Mardi 02 Juillet 2019 15:53

Sur le Facebook de Code Animal nous pouvons lire les revendications pour le travail de groupe sur les zoos :

Nous demandons :
- des normes minimales de détention par espèce afin de mettre en place un cadre règlementaire
- interdiction des spectacles utilisant des animaux ainsi que le contact direct avec le public
- interdiction de toute nouvelle capture en milieu naturel
- favoriser la conservation in-situ
- des groupes de réflexion éthiques sur plus de transparence des zoos.


Pour la première revendication c'était pas déjà le cas ? A moyen qu'il s'agisse d'augmenter les standards.

Personnellement je suis absolument pour toutes ces revendications à part inclure une exception pour la capture en milieu naturel en cas de programme de sauvegarde. Quand à la dernière proposition je suis à 100% aussi.
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Re: Faut-il bannir les parcs animaliers?

Messagepar snockot » Mardi 02 Juillet 2019 16:25

La partie sur le "contact direct avec le public" me dérange : parlent-ils des enclos de contact ou d'éventuelles "sessions papouilles" ?
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Messagepar GPN » Mardi 02 Juillet 2019 16:41

Je trouve dommage d'interdire le contact qui n'est pas forcément mauvais pour l'animal et qui empêcherait tout enclos d'immersion avec des oiseaux ou des primates (bye bye les volières de Doué).

Les spectacles je n'en parle pas on a déjà eu le débat ici...

Et non il n'y a pas de surface minimum pour les établissements fixes en France. Mais je ne vois pas bien pourquoi en mettre, un parce que c'est loin d'être le premier critère de ben être et deux parce que dans 10 ans elles sont bonnes à refaire.
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Re: Faut-il bannir les parcs animaliers?

Messagepar Thibaut » Mardi 02 Juillet 2019 16:50

Contact direct c'est effectivement difficile c'est du cas par cas et l'interdire serait une compliqué et pas forcément une bonne chose.

Mais je ne vois pas bien pourquoi en mettre, un parce que c'est loin d'être le premier critère de ben être et deux parce que dans 10 ans elles sont bonnes à refaire.

Je pense quand même que les primates sont mieux à la VDS qu'à la Ménagerie. La taille de l'enclos est un facteur important. Des standard devraient tout de même être de rigueur beaucoup trop d'enclos sont inadaptés pour de nombreuses espèces notamment les primates.
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Re: Faut-il bannir les parcs animaliers?

Messagepar abel » Mardi 02 Juillet 2019 16:53

Je suis également sceptique sur la partie sur le contact, car bien souvent les enclos de contact permettent d'offrir des surfaces importantes aux animaux. Mais je suis complètement d'accord avec le reste. Mettre en place des surfaces minimum exigeantes peut être une bonne idée pour obliger les parcs les plus à la traîne à se mettre au niveau. C'est un débat qu'on a déjà eu, mais si bien d'autres paramètres sont également très importants, la surface reste un critère essentiel en terme de bien-être animal.
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Re: Faut-il bannir les parcs animaliers?

Messagepar raphaël » Mercredi 03 Juillet 2019 21:55

Attention aux termes, moi quand je lis que Code Animal veut interdire les spectacles et tout contact direct avec l'animal, je comprends qu'ils veulent interdire les endroits où on peut toucher aux animaux, et je pense direct aux fameux tigres des temples en Inde ou autre.
Nous utilisons beaucoup le terme d'enclos de contact dans le milieu mais c'est un abus de langage, il y est strictement interdit de toucher les animaux, à Doué comme à Romagne ou ailleurs. Donc je ne pense pas que les deux soient antinomiques. Par contre les activités VIP du genre nage avec les dauphins ou les animations avec marmottes sur les genoux dans certain parc tombe sous cette volonté d'interdiction à mon sens.
Les animaux des zoos sont les ambassadeurs de leurs cousins sauvages. (Pierre Gay)
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Re: Faut-il bannir les parcs animaliers?

Messagepar okapi » Vendredi 05 Juillet 2019 9:59

Je continue de trouver très problématique le fait que la surface ne soit pas considérée comme un critère essentiel de bien-être, tout comme les indications de "besoins" en fonction des espèces. Sans la moindre obligation dans ce sens, les animaux arboricoles ne risquent pas de vivre sur un territoire boisé et bon nombre d'espèces sensibles à la présence d'un bassin/étang/lac vont continuer de s'en passer. Je vous passe le besoin primordial qui consiste à pouvoir utiliser ses ailes pour un oiseau...
GPN, 150 fauves sur 3 hectares, ça continue de rester correct à tes yeux en 2019?
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Re: Faut-il bannir les parcs animaliers?

Messagepar Thibaut » Vendredi 12 Juillet 2019 21:56

Bon après ces dernières heures et ces polémique ça m'étonnerait que notre cher ministre de l'écologie, le passionné de biodiversité, Mr De Rugy passe l'été. On est pas prêt d'entendre les "futures mesures sur le bien-être animal". :lol:

De toute façon même s'il tombe on aura un autre pantin.
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Re: Faut-il bannir les parcs animaliers?

Messagepar didier » Mardi 20 Août 2019 17:20

CODE ANIMAL relaye des photos sur sa page facebook où l'on voit des inscriptions (prénoms) faites par des imbéciles sur les rhinocéros de LA PALMYRE. J'ai toujours été étonné par la proximité de ces animaux avec les visiteurs, mais il y a tellement d'autres choses plus choquantes dans ce zoo. Je pense qu'encore une fois cette association anti-zoos n'a pas fait le bon choix, même si je condamne évidemment le comportement de ces crétins décérébrés.
En France , la liberté d'expression est un principe intangible, c'est sur cette base que toute personne peut librement émettre une opinion, positive ou négative, sur un sujet mais aussi sur une personne physique ou morale, une institution .
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Re: Faut-il bannir les parcs animaliers?

Messagepar Antoine » Dimanche 10 Novembre 2019 18:27

Zoos : faut-il les fermer ?

Enclos plus vastes, animaux respectés… Ces sites se présentent comme des sanctuaires pour les espèces en danger. Vraie mission ou poudre aux yeux ?

Aéroport de Libreville, 24 juin 2019. À bord de l’avion qui vient d’atterrir sur le sol gabonais, Kuimba et Mayombé, deux femelles gorilles nées au ZooParc de Beauval, en Loiret-Cher. Elles sont destinées à rejoindre une île du parc national des plateaux Batéké. « Elles sont parties directement dans la jungle. Nous n’avons pas revu Kuimba pendant deux jours, nous étions un peu inquiets », raconte avec émotion Éric Bairrão Ruivo, le directeur Science et conservation de Beauval. À l’issue d’une période d’un an, « où elles sont surveillées de loin et où on leur laisse de la nourriture supplémentaire », elles viendront grossir les rangs des gorilles des plaines de l’Ouest, considérés en danger critique d’extinction par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN).

Participer à la sauvegarde de la biodiversité serait-il le nouveau rôle des parcs zoologiques ? Ou n’est-ce qu’un « alibi visant à justifier l’enfermement des animaux sauvages », comme le pense Nikita Bachelard, de La Fondation droit animal éthique et sciences (LFDA) ? En 2016, en Argentine, la justice a libéré de sa cage Cecilia, une femelle chimpanzé, au nom du « droit à vivre dans son habitat naturel ».

L’existence même des zoos fait débat

« Le zoo a trois rôles, assure Laurence Paoli, auteure de Zoos. Un nouveau pacte avec la nature (éd. Buchet-Chastel). En France, selon l’arrêté du 25 mars 2004, les parcs zoologiques doivent assurer des missions de conservation des espèces, de recherche scientifique et de sensibilisation du public. » C’est le ministère de l’Écologie qui est chargé de contrôler le respect du bien-être animal. À ces visites aléatoires s’ajoutent les vérifications, très strictes pour leurs membres, de l’Association française des parcs zoologiques (AFdPZ) et de l’Association européenne des zoos et aquariums (EAZA). Le zoo d’Amnéville (Moselle) a ainsi été sanctionné en 2015 parce que son spectacle de félins se rapprochait plus de celui d’un cirque que de l’expression des comportements naturels des animaux. Rien n’oblige cependant les structures privées à adhérer à ces associations, ce qui leur permet « d’échapper aux obligations » selon LFDA. Ainsi, sur les 300 zoos français, un tiers d’entre eux seulement pointent à l’AFdPZ.

Grâce à ces garde-fous, les zoos d’aujourd’hui ne ressemblent plus à leurs ancêtres qui enfermaient des lions dans des cages de 5 mètres carrés et faisaient leur marché dans la nature. « Jusqu’aux années 1970, compte tenu des mauvaises conditions de détention, le taux de mortalité dépassait 80 % par an ! » explique Éric Baratay, historien des animaux.

En 1973, une convention internationale interdit le commerce d’espèces menacées. Pour recevoir de nouveaux pensionnaires, les zoos doivent permettre la reproduction de ceux qu’ils possèdent et les garder en vie ! Bannissant l’achat d’animaux, ils mettent en place des échanges obéissant à des règles drastiques via un logiciel mondial. Les zoos assurent même « une mission d’accueil pour les animaux sauvages saisis par les douanes », explique Cécile Erny, la directrice de l’AFdPZ. Le zoo de la Tanière, en Eure-et-Loir, s’est ainsi spécialisé dans ces animaux en danger, interceptés chez des particuliers ou récupérés dans les cirques. Enfin, « le bien-être animal est devenu la préoccupation première des zoos », affirme Cécile Erny. La France exige dans chaque parc la présence d’une personne titulaire d’un certificat de capacité pour animaux non domestiques, capable de dire comment chaque espèce doit vivre. Un cadre bien trop vague selon l’association Code animal. Alexandra Morette, sa présidente, réclame « la mise en place de normes minimales par espèce. De fait, les conditions de détention des animaux varient d’un zoo à un autre ».

Beaucoup de parcs ont agrandi leurs enclos

Le BioParc de Doué-la-Fontaine (Maine-et-Loire) a créé la plus grande volière d’Europe, soit un hectare permettant aux oiseaux de voler véritablement. Au parc de la Tête d’or, à Lyon (Rhône), Xavier Vaillant, le directeur, a annoncé en mars 2019 qu’il renonçait aux ours et aux éléphants, parce qu’il ne pouvait pas « décemment les accueillir ». Certes le zoo de Vincennes a effectué d’importants travaux en 2014 afin d’évoquer les « écosystèmes d’origine des animaux et respecter leur bien-être » mais, comme le dénonce LFDA dans son bilan annuel, « les girafes, enfermées à 16 dans un espace inférieur à 100 mètres carrés, lèchent sans arrêt les murs de leur loge »

Environnements stériles, manque de protection contre les températures extrêmes, impossibilité de se cacher du public ou de fuir ses compagnons de cage, bruit… Les zoos ont encore de sacrés efforts à faire. Un singe se tape la tête contre le mur, un morse frotte ses défenses contre les bords en béton des bassins… Autant de comportements répétitifs, appelés stéréotypies, qui traduisent des difficultés d’adaptation. Dans sa thèse, la vétérinaire Émilie Wenisch donne l’exemple « de certains ours qui, selon une étude de 2001, passent jusqu’à 77 % de leurs temps à stéréotyper ». « L’ours polaire peut parcourir 14 kilomètres par jour à la recherche de nourriture. Dans les zoos, il a 2 000 mètres carrés au mieux ! » renchérit Nikita Bachelard. Même si, selon une étude du CNRS de 2017, 84 % des mammifères vivent plus longtemps en zoo — pour le lion, dix-neuf ans contre treize — grâce à l’attention des soigneurs et à l’absence de prédateurs, ce n’est pas le cas de la girafe ou du morse par exemple. Autre point noir, la privation maternelle. « Les zoos pratiquent des échanges pour éviter la consanguinité, ils doivent donc envoyer des jeunes ailleurs. C’est très difficile pour les orques ou les lions qui passent leur vie en famille », dénonce Nikita Bachelard.

Alors qu’une sixième extinction massive se profile, les zoos revendiquent une nouvelle mission : la conservation des espèces. Selon Laurence Paoli, c’est grâce à eux que le diable de Tasmanie est en passe d’être sauvé. « En 2012, près de 90 % de la population sauvage de ce petit mammifère australien avait été décimée, en raison d’un cancer très contagieux », explique-t-elle. L’Australie a donc placé 500 individus sains dans des zoos du monde entier. Des groupes se sont reproduits, ce qui permettra un jour de réintroduire le marsupial dans son milieu naturel. C’est déjà le cas pour le cheval de Przewalski, chassé et capturé par l’homme, qui trotte de nouveau dans les plaines de Chine et de Mongolie, ou de l’oryx d’Arabie, éteint à l’état sauvage dans les années 1970, réintégré en Israël et en Jordanie.

Sensibiliser les visiteurs

C’est l’une des obligations des zoos : assurer une mission d’éducation. « À l’heure où les enfants sont souvent déconnectés de la nature, ils ont un rôle à jouer pour les sensibiliser à sa préservation », assure Pierre Gay, du BioParc de Doué-la-Fontaine. Panneaux précisant le danger lié aux animaux, échanges avec les soigneurs, spectacles véhiculant un message… Les actions ne manquent pas. Mais, selon une enquête réalisée à la ménagerie du Jardin des Plantes en 2013, trois personnes sur quatre ne lisent pas les panneaux ! Pour les activistes anti-captivité, pas besoin d’animaux enfermés pour éduquer : la réalité virtuelle, par exemple, permet de transporter le spectateur muni d’un casque au plus près des animaux sauvages, comme avec le film The Wild Immersion (2018).

Les zoos participent à la conservation des espèces inégalement

« Grâce aux recettes des billetteries, les zoos financent aussi des projets in situ », rappelle Pierre Gay, directeur du BioParc de Doué-la-Fontaine. « Au Niger, il ne restait que 50 girafes d’Afrique de l’Ouest en 1995. Leur milieu étant dégradé, elles mangeaient les cultures des populations. Nous soutenons une association qui restaure la brousse et permet la cohabitation des quadrupèdes avec les hommes en les sensibilisant et en apportant de l’aide au développement : puits maraîchers, micro-crédits… » Résultat, 700 girafes galopent aujourd’hui dans la savane.

Faute d’obligation de pourcentage minimal des recettes à dédier à la conservation, les zoos y participent selon leurs moyens et leurs envies. Même au ZooParc de Beauval, qui consacre un budget de 1 million d’euros par an, cela pèse peu comparé aux 12 millions investis dans un quatrième hôtel, Les Hauts de Beauval. Idem au zoo de La Flèche (Sarthe), qui a mis 3,3 millions sur la table pour créer 14 lodges « en tête à tête avec les animaux sauvages ». Pour 359 euros, on peut passer une nuit à deux dans un lodge dont la baie vitrée donne sur la piscine de l’ours polaire.

« Cette conservation est cosmétique », estime Nikita Bachelard. En 2011, la fondation Born Free a montré que sur 1 155 espèces recensées dans les zoos français, seules 17 % sont considérées comme menacées. Les zoos privilégient les espèces emblématiques car elles attirent le public. Avec quelques exceptions : en 2016, le Zoo Safari de Thoiry (Yvelines) a sauvegardé et relâché plus de 1 600 escargots Partula dans la forêt polynésienne d’où ils avaient disparu !

Les bonnes intentions ne suffisent pas toujours. Ainsi, quatre rhinocéros blancs nés en République tchèque et introduits au Kenya en 2009 n’ont pas réussi à se reproduire. Quant aux chevaux de Przewalski, ils souffrent de malformations dues à la consanguinité — ils descendent de seulement 11 individus. C’est d’ailleurs pour éviter de se retrouver avec trop de représentants d’une même lignée génétique que certains zoos euthanasient des sujets sains ! En 2014, le zoo de Copenhague a ainsi mis fin aux jours du girafon Marius, déclenchant un tollé sur la Toile.

« Toute action de conservation est bonne à prendre, nuance Nicolas Salaün, de l’UICN. Mais il faudrait investir 300 à 400 milliards par an, contre 52 aujourd’hui. » De son côté, Alexandra Morette prône « la création de sanctuaires comme le Bärenpark en Allemagne pour les ours et les loups : des espaces centrés sur l’animal qui y vit en semi-liberté, sans proximité avec les humains, avec des visites filtrées ». Le zoo du futur ?

Les parcs en quelques chiffres

3 500 zoos sont recensés en Europe, dont la plupart sont privés. On en dénombre officiellement 300 en France, mais plus de 940 selon les associations. (Sources : ministère de l’Écologie et Born Free)

22 euros, c’est le prix moyen du billet d’entrée pour un adulte, 16 euros par enfant. (Code animal)

3 % des 1 155 espèces observées dans une sélection de zoos français sont en danger critique d’extinction. (Born Free, chiffres 2011)

25 % des enclos n’offrent pas un cadre approprié (inter action avec le public, espace adapté au comportement naturel, etc.). (Born Free)

Source : https://www.caminteresse.fr/animaux/zoo ... -11124679/
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Re: Faut-il bannir les parcs animaliers?

Messagepar okapi » Dimanche 10 Novembre 2019 18:55

Merci Antoine! C'est un excellent récapitulatif de tout ce qui nous anime à longueur de posts! Le constat est sec et presque sans appel, mais il n'a malheureusement rien de surprenant...
Et on peut supposer que dans le million dédié par notre zoo préféré à la conservation planétaire, il y a le montant de la redevance Chinoise...
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Re: Faut-il bannir les parcs animaliers?

Messagepar mordicus » Mercredi 13 Novembre 2019 0:59

Il est drôle l'arrêté du 25 mars 2004 : " Les parcs doivent assurer des missions de conservation des espèces, de recherche scientifique et de sensibilisation du public."

Il manque seulement le rôle principal, sans lequel les zoos n'existeraient pas et ne subsisteraient pas : la récréation, le divertissement du public, la scopophilie zoologique, le plaisir de voir des animaux exotiques, le spectacle d'une nature à portée de main, ou pour d'autres, les glaces à l'italienne devant le bassin des otaries, la fauverie que l'on a humée petit enfant...


Antoine a écrit:Faute d’obligation de pourcentage minimal des recettes à dédier à la conservation, les zoos y participent selon leurs moyens et leurs envies. Même au ZooParc de Beauval, qui consacre un budget de 1 million d’euros par an, cela pèse peu comparé aux 12 millions investis dans un quatrième hôtel, Les Hauts de Beauval.


Ils n'ont pas compris grand chose à la gestion financière de l'entreprise.
Primo, l' hôtel à 12 millions n'a pu être financé que par l'emprunt et la dette, les bénéfices annuels de 5 millions étant insuffisants à eux seuls. Inversement, aucune banque ne prêterait une somme équivalente pour financer de simples projets de conservation où il n'y a pas de retour sur investissement. Malgré tout, 20 % des recettes dédiées à la conservation, c'est déjà beaucoup, compte tenu des provisions pour constituer le capital propre de l'entreprise et faire face aux risques conjoncturels.
Secundo, c'est bien parce que Beauval a investi des millions dans ses hôtels et autres, qu'il dégage aujourd'hui des bénéfices, lui permettant de financer des actions de conservation en rapport avec ses moyens financiers. Et demain, le cinquième ou sixième hôtel, sera un nouveau levier pour verser 1,5, 2 millions...
Le Beauval des années 80 en apporte une preuve a contrario : pas d'emprunts, pas d'investissements, pas de bénéfices, et pas un sou pour la conservation.
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Re: Faut-il bannir les parcs animaliers?

Messagepar Therabu » Mercredi 13 Novembre 2019 9:38

Merci Antoine pour ce partage !
Le sujet est relativement bien cerné même s'il comporte quelques erreurs (un coup le chiffre de 17% d'espèces menacées est évoqué puis c'est 3%) et que je regrette que la mission de conservation soit illustrée par la réintroduction en cours de deux gorilles, perpétuant l'idée que la conservation passe principalement par la réintroduction.
Therabu
 
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Re: Faut-il bannir les parcs animaliers?

Messagepar okapi » Mercredi 13 Novembre 2019 9:54

Mordicus, je crois que pour le coup c'est toi qui n'a pas bien saisi l'implication réelle du parc dans la conservation: relis bien les rapports annuels et tu y découvriras le montant exact de ce que le zoo dédie vraiment, de sa poche, à la conservation! Beauval verse près d'un million à la Chine pour la location des pandas, a priori pour la protection de cette espèce, mais c'est avant tout la résultante d'une stratégie commerciale.
L'argument qui consiste à justifier de l'existence d'un zoo par ses bénéfices qui permettent de "donner" à la conservation relève carrément du grand n'importe quoi! D'une part parce qu'avant que les investissements du parc deviennent rentables, il va se passer quelques belles années et d'autre part parce que s'il faut attendre de générer quelques dizaines de millions de CA pour verser princièrement quelques dizaines de milliers d'euros à a conservation, on frise l'absurde! Fondations privées et publiques et ONG lèvent des fonds considérables sans avoir besoin d'entretenir un zoo pour le faire! Et ne perd pas de vue qu'un zoo endetté est fragile et que ses dons sont forcément assujettis à sa santé financière... Sans négliger le fait que les hôtels de Beauval dépendent d'une structure spécifique et qu'il n'est pas certain que leurs bénéfices soient versés dans le pot commun d'où proviennent les éventuels versements à la cause de la conservation...
okapi
 
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