La pandamania, un phénomène d'hallucination collective ?

La pandamania, un phénomène d'hallucination collective ?

Messagepar Philippe » Jeudi 10 Août 2017 16:34

Un panda, ça mange, ça dort et, un ou deux jours par an, ça tente - souvent en vain - de se reproduire. Alors, pourquoi s'est-on entiché de ces animaux-là ?

Depuis que la presse a été informée de la grossesse de Huan Huan, la femelle panda du zoo de Beauval, les journalistes sont sur les dents et le feuilleton de son accouchement a tenu en haleine la France entière. Selon la direction du zoo, près de 26 millions de personnes ont suivi la naissance de Mini-Yuan Zi sur les réseaux sociaux.

Cette pandamania est-elle bien raisonnable ? Non, affirme haut et fort le site Slate.fr, qui, surfant habilement sur le phénomène, a republié ce jour l'article assassin publié en 1999 par David Plotz, un journaliste américain, à l'occasion de la mort de Hsing Hsing, le panda géant prêté naguère par le gouvernement chinois au zoo de Washington. Le mâle Hsing Hsing et une femelle, Ling Ling, s'étaient installés en villégiature dans la capitale américaine en 1972, déchaînant l'enthousiasme des foules : « Plus de 60 millions de personnes avaient rendu visite [à Hsing Hsing] durant sa détention à perpétuité au zoo de Washington », écrit David Plotz en guise d'oraison funèbre à l'animal.
Les pandas n'ont pas un mauvais fond, c'est encore pire : ils n'ont pas de fond du tout.

Pourtant, assure-t-il, la pandamania est absolument dénuée de fondement. Certes, l'animal a une bonne tête, mais c'est tout ! « Les pandas n'ont pas un mauvais fond, c'est encore pire : ils n'ont pas de fond du tout. Ce sont les animaux les plus emmerdants que vous puissiez imaginer. Ils sont profondément antisociaux et détestent les interactions, que ce soit avec des humains ou leurs congénères », écrit-il, avant de les traiter de « mollusques à poils ». Au final, se souvient-il, alors qu'il est allé petit garçon un nombre incalculable de fois rendre visite à Hsing Hsing et Ling Ling, il n'a jamais vu autre chose que de grosses peluches noires et blanches mâchouiller du bambou ou dormir. D'un ennui mortel !

Une chronique sacrilège et assez hilarante qui pose tout de même la question du comportement de l'animal en captivité et de ce que les visiteurs en attendent. En effet, certes, un phoque ou un chimpanzé semblent plus interactifs qu'un panda géant, mais est-ce bien cela que l'on doit attendre d'un animal, fût-il en cage ? David Plotz en est bien conscient, il souligne souvent dans son article que les ursidés ont pu avoir derrière leurs barreaux des comportements plus névrotiques que dans leur habitat naturel. Ainsi quand Ling Ling s'est introduit des pousses de bambou dans l'urètre ou quand elle s'en est prise à l'un de ses soigneurs en le mordant à la cheville.

Intriguée, nous avons interrogé Jérôme Pouille, créateur du site Panda.fr, passionné devenu spécialiste du panda géant dans l'Hexagone

Connaissons-nous suffisamment les pandas en milieu naturel pour mesurer les conséquences de la captivité sur leur comportement ?

(Jérôme Pouille) Absolument. Il existe 1.864 pandas sauvages, un chiffre récent qui ne tient pas compte des jeunes de moins d'un an et demi. Plusieurs études ont été menées et nous avons suffisamment de données pour mesurer l'influence de la captivité.

Les difficultés de reproduction du panda dont la presse a parlé sont-elles dues à la captivité ?

En partie, oui. Il est évident qu'une espèce qui ne parviendrait pas à se reproduire dans la nature disparaîtrait. Il faut savoir que, comme les ours, le panda est solitaire à l'état sauvage. Les individus ne se rencontrent que pour se reproduire et la femelle est féconde seulement un ou deux jours par an. La rencontre et le fait que la femelle accepte le mâle supposent qu'il y ait eu auparavant communication, via les odeurs et les cris. En zoo, les animaux sont dans des enclos séparés, c'est évidemment difficile d'imiter la communication préalable à la rencontre. C'est pourquoi l'accouplement sans recours à l'insémination est si difficile. Mais on comprend mieux désormais et on essaie de favoriser ces interactions. On change les animaux d'enclos, par exemple. En Chine, où les pandas en captivité sont plus nombreux, il y a davantage d'accouplements.
Manger, dormir, se reproduire, c’est en résumé l’activité de tout être vivant qui ne se préoccupe pas, comme l'homme, d’être utile ou productif.

Il semble que le panda soit plutôt contemplatif et, finalement, en dehors de son pelage pittoresque, peu spectaculaire.

C'est vrai. Dans la nature comme au zoo, il a essentiellement trois activités : d'abord, se nourrir, ce qui lui prend un temps considérable. Le panda ne mange que du bambou, qui est peu énergétique. Il doit donc en manger beaucoup. Il doit ensuite se reposer et enfin se reproduire, et donc, pour la femelle, prendre en charge le petit. Manger, dormir, se reproduire, c'est en résumé l'activité de tout être vivant qui ne se préoccupe pas, comme l'homme, d'être utile ou productif. Ce qui est un peu différent en zoo, c'est que le panda est nourri et n'a pas à se préoccuper de la recherche de sa nourriture. Il se déplace moins, se dépense moins et, du coup, se nourrit un peu moins… Résultat, il pourrait avoir du temps en trop et s'ennuyer en quelque sorte. Cela peut engendrer des comportements anormaux qu'on nomme « stéréotypés », par exemple tourner en rond. C'est pourquoi on tente d'enrichir son environnement en cachant de la nourriture dans une boîte ou un coin de l'enclos. Ça l'occupe...

Un panda peut-il être violent ?


Non, il vit tout seul, contre qui pourrait-il s'exercer cette violence ? Éventuellement un soigneur, mais c'est excessivement rare et ça vient le plus souvent d'une imprudence humaine.

Jamais un panda ne s'en prend-il à un semblable ?

Si, cela peut arriver lors de la tentative d'accouplement. Parfois, la femelle refuse le mâle, qui, du coup, peut chercher à la contraindre. En zoo, les soigneurs interviennent.
Finalement, le panda, par son comportement, s’adapte plutôt bien à la captivité.

Et contre des visiteurs ?

C'est là aussi très rare. C'est arrivé en Chine que des visiteurs ivres franchissent les grilles ou que certains soient blessés en voulant se prendre en photo dans l'enclos !

Mettre des pandas dans des zoos, alors que l'espèce compte près de 2.000 individus à l'état sauvage et semble moins menacée, est-ce bien raisonnable ?

Je comprends ce débat, il est tout à fait légitime. Moi aussi, souvent, je suis mal à l'aise dans un zoo. Il y a plusieurs choses à dire. D'abord que le panda, finalement, par son comportement, s'adapte plutôt bien à la captivité. Il vit sur un petit territoire, n'a pas besoin de beaucoup se déplacer, contrairement aux lions par exemple. Ensuite, le zoo a un rôle pédagogique important, pour éduquer le public à la conservation de l'espèce et de son habitat naturel. Beauval insiste beaucoup là-dessus. En quelque sorte, il met en place un cercle vertueux entre l'émotion ressentie en voyant l'animal en vrai, ce qui amène à mieux le connaître et à vouloir le protéger. Le zoo permet aussi de mener des études scientifiques que l'on ne pourrait pas mener dans la nature, des études qui permettent une meilleure gestion des habitats, y compris sauvages. Il permet aussi de développer du mécénat. Enfin, l'intérêt pour le panda et sa cause bénéficie aux autres espèces qui vivent dans son habitat naturel. En protégeant ce dernier, on protège toute la biodiversité qui s'y trouve.
Source : Le Point.
Philippe
 
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Re: La pandamania, un phénomène d'hallucination collective ?

Messagepar Philippe » Dimanche 13 Août 2017 16:19

ZooParc de Beauval : la pandamania, une affaire réellement juteuse ?

Le 4 août 2017, un bébé panda est né au zoo de Beauval. Le zoo débourse des sommes faramineuses pour apporter un soin tout particulier à ces animaux, prêtés par la Chine.

Avec la diffusion quasiment en direct de l'accouchement de Huan Huan le 4 août dernier, le zoo de Beauval a réussi un beau coup de communication. Une naissance d'un bébé panda est un événement inédit en France. Journaux, chaînes de télévision, radios…, tous ont suivi minute par minute la naissance de mini Yuan Zi. Pour le zoo du Loir-et-Cher, l'événement a de quoi présenter des atouts financiers considérables.

Dans ses colonnes, Le Journal du dimanche rapporte que le message de remerciement du zoo, après la naissance de l'animal, a été consulté quelque 400.000 fois. Et l'établissement a vu les choses en grand avec l'installation, au préalable, de quatre écrans afin que les visiteurs puissent suivre en direct les agissements du nouveau-né (son frère jumeau est mort à la naissance) et de sa mère.

Pour autant, écrit l'hebdomadaire, la pandamania ne serait peut-être pas aussi rentable qu'espéré. Certes, depuis l'arrivée du couple de pandas en 2012, le nombre de visiteurs à Beauval a plus que doublé, et devrait atteindre les 1,6 million de personnes en 2017, pour un chiffre d'affaires de 60 millions d'euros et 3 millions de bénéfices.
Chaque année, le zoo investit « en moyenne 10 millions d'euros principalement pour améliorer les conditions de vie de nos animaux », explique Rodolphe Delord, codirigeant du zoo avec sa sœur Delphine. Et il faut également gérer deux hôtels, plusieurs restaurants, une résidence ainsi qu'un centre de congrès. En 2020, l'établissement ouvrira également une serre tropicale.

Les fâcheux précédents américains

Mais, si le couple de pandas loués à la Chine reste la principale attraction du zoo, cela ne se fait pas sans contrepartie. Selon le JDD, les termes du contrat passé entre Pékin et le zoo restent secrètement gardés, mais ce qui est sûr, c'est qu'il fixe les engagements financiers et scientifiques pris par l'établissement. Des engagements onéreux. Ainsi, en moyenne, un zoo qui décide d'accueillir un couple de pandas reverse un million de dollars par an à la Chine, et ce, pendant dix ans. Rodolphe Delord confirme d'ailleurs qu'il s'agit là de « l'ordre de grandeur ». Ainsi, précise l'hebdomadaire, le zoo de Berlin aurait, pour sa part, mis sur la table 9 millions d'euros afin d'aménager l'habitat de ses pandas.

Selon le Guardian et Al Jazeera, le zoo d'Édimbourg débourse entre 660.000 et 1,3 million d'euros par an pour abriter un couple de pandas. Et cela ne prend pas en compte le coût des soins, du programme scientifique adossé au prêt, et des dépenses additionnelles liées à la naissance d'un bébé.

Le zoo de Beauval accueille deux soigneurs chinois en raison de la naissance de mini Yuan Zi. Soigneurs dont il prend en charge les déplacements et tous les frais de séjour. Par ailleurs, selon Jérôme Pouille, ambassadeur officiel de l'espèce reconnu par Pékin et cité par le JDD, « en cas de naissance, le zoo va normalement verser une redevance de quelque 400 000 euros ». Selon les chiffres avancés par le Guardian, les zoos de Memphis, Atlanta, Washington et San Diego ont au final perdu quelque 33 millions de dollars entre 2000 et 2003 en raison de la location de pandas. Le coût total du prêt californien s'élèverait même à 45,8 millions de dollars depuis 1996, précise Al Jazeera. Selon Jérôme Pouille, « il n'est pas sûr que l'opération soit rentable au final ».
Source : Le Point.
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Re: La pandamania, un phénomène d'hallucination collective ?

Messagepar jean-marc » Dimanche 13 Août 2017 17:47

Si cela n'est pas rentable , alors pourquoi les zoo se battent pour avoir des pandas ? Il ne faut pas avoir fait HEC pour comprendre qu'avec la hausse légère du prix d'entrée suite à l'arrivée des pandas, et la hausse énorme de fréquentation suite à l'arrivée des mêmes charmants animaux, l'investissement a vite été rentabilisé....
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Re: La pandamania, un phénomène d'hallucination collective ?

Messagepar JEROME31 » Dimanche 13 Août 2017 17:56

jean-marc a écrit:Si cela n'est pas rentable , alors pourquoi les zoo se battent pour avoir des pandas ? Il ne faut pas avoir fait HEC pour comprendre qu'avec la hausse légère du prix d'entrée suite à l'arrivée des pandas, et la hausse énorme de fréquentation suite à l'arrivée des mêmes charmants animaux, l'investissement a vite été rentabilisé....


Surement!!
Mais je serais quand même curieux de savoir combien coûte réellement des pandas à l'année, location comprise, en y incluant nourriture, soins, coût d'installation etc..
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Re: La pandamania, un phénomène d'hallucination collective ?

Messagepar raphaël » Dimanche 13 Août 2017 21:27

Cela ne sert à rien, à mon avis, de compter le prix de la création des enclos, l'aménagement, les loges intérieures, etc
Pour la bonne raison que tous les grands zoos font de grosses nouveautés, et qu'accueillir deux pandas ne doit pas être spécialement plus cher que, par exemple pour Beauval, la volière des hippopotames ou l'amphithéâtre du spectacle d'oiseaux.
Donc ça, c'est le pain quotidien des grands zoos. Pandas, gorilles, lions, savane, ou serre à papillons.
Pour la location ma foi, disons 1 million d'euros par an ? Et bien si chaque visiteur dépense 25 euros, et c'est une estimation basse... Il suffit de 40 000 visiteurs en plus pour rentabiliser. Et si l'on dit que les pandas ont fait passer Beauval de 600 000 à plus de 1 million de visiteurs, et bien on est large !
Les animaux des zoos sont les ambassadeurs de leurs cousins sauvages. (Pierre Gay)
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